Le fakir et la macumbeira
Partant d’un fait divers (l’arrestation, dans la banlieue nord, d’un « fakir » et d’une « macumbeira » accusés d’exploiter la crédulité publique), ce chapitre reconstitue les trajectoires des deux protagonistes, Georgina Coutinho et Elyseu Sant’Anna à partir d’archives de presse depuis le début des années 1920. Elle les resitue dans le lotissement de Serrinha, espace de forte mixité sociale reliant le morro et l’avenue bourgeoise, lieu d’implantation des premières écoles de samba et du syndicat Resistência. L’affaire déborde largement la seule répression du charlatanisme : elle révèle les aspirations sociales des classes suburbaines, et tout particulièrement des femmes. Ces activités religieuses constituent un espace de mobilité, d’autonomie et d’émancipation, ce qui explique leur répression par les pouvoirs publics et leur disqualification par des élites. En s’appropriant et en adaptant des pratiques religieuses venues de tous les horizons, les catégories populaires installent de fait une liberté de culte qu’ils associent à l’accès au droit, à l’éducation, à la médecine, et à une participation au destin national. Le chapitre éclaire ainsi les enjeux que représentent ces terrains pour l’Église catholique et pour le gouvernement provisoire de Vargas.



