Conclusion
La conclusion répond à la question liminaire : ces faubourgs furent-ils des « Harlems brésiliens » ? Comme ailleurs aux Amériques après les dernières abolitions, de nouvelles générations de la diaspora africaine ont quitté les plantations, affronté en ville discriminations et exploitations, et y ont implanté des innovations culturelles d’influence nationale et mondiale. On peut parler d’un changement social réel pour les groupes migrants des années 1920–1940 et leurs enfants, qui ont fait l’expérience, non égalitaire mais plus démocratique, de formes d’appartenance à la société brésilienne et d’autonomie politique. Ce changement tient à une « fenêtre de tir » exceptionnelle, vite refermée, conjuguant des facteurs démographiques, géographiques, médiatiques et politiques (hésitations du pouvoir après 1930, besoin de s’appuyer sur l’électorat urbain). Il doit beaucoup aux organisations issues de la résistance esclave rurale, qui ont renouvelé les représentations nationales en valorisant les cultures afro-descendantes. Deux processus se poursuivent ensuite : la continuité avec le monde de la plantation, dont les réseaux de dépendance et de patronage voyagent avec les migrants ; et la racialisation, qui opère au contraire dans l’anonymat, hors de toute interconnaissance, imposant des préjugés déterminant les trajectoires. Les ressorts de l’exploitation hérités de l’esclavage – contrôle de l’ancrage et de la mobilité – se reproduisent depuis lors sur de nouvelles populations vulnérables, faisant peser une menace existentielle qui révèle des sociétés post-esclavagistes profondément racistes.



