Faire sa vie à Casa Verde (1930-...)
En miroir du précédent, ce chapitre suit les trajectoires familiales à Casa Verde, où la configuration diffère de Rio. Deux facteurs y renforcent les identités raciales : d’une part, migrants afro-brésiliens et migrants européens récents (surtout italiens) proviennent les uns comme les autres des régions de plantation du café, où ils ont déjà un vécu commun mêlant métissage et conflits ; d’autre part, la rivalité née dans la plantation se prolonge en ville, où la production urbaine accentue la segmentation sociale. Les quartiers réputés « noirs » (Peruche, Casa Verde Alta, Vila Espanhola) restent de forte mixité, mais les identités raciales s’expriment plus explicitement dans les entretiens et renvoient à des mémoires migratoires distinctes : mémoires italiennes autour d’un ancêtre ou du voyage transatlantique, mémoires afro-descendantes centrées sur le récit de l’ancrage dans le quartier. Dans les deux quartiers, l’attachement aux sociabilités de voisinage (carnaval, samba, football) ne traduit pas une « fierté noire » ni la valorisation d’un héritage africain, mais bien la trace d’un ancrage urbain historique : c’est cette référence qui permet de minimiser la résonance du mot « noir », imposé à São Paulo, supposé à Rio, et qui renvoie encore en 1930 à la condition esclave. Quarante ans après l’abolition, la génération née à Madureira et Casa Verde demeure celle des « couleurs du silence », à la différence sans doute de ses petits-enfants, nés dans les années 1980 avec les politiques de discrimination positive.



