Faire sa vie à Madureira (1930-...)
Pour aborder la question du bilan de la « seconde abolition », ce chapitre adopte une temporalité longue, celle des trajectoires de vie et des mémoires familiales sur plusieurs générations. Il décrit un faubourg attractif et très brassé, où cohabitent des classes sociales diversifiées. À travers les récits d’habitants des secteurs de Turiaçu, Oswaldo Cruz, Dona Clara et Serrinha, le chapitre reconstitue la mixité du peuplement et la diversité des projets migratoires. Bien que les identités raciales restent peu explicitées et les rapports de race jamais désignés dans les entretiens, les récits témoignent d’un même effort pour créer une distance avec la société esclavagiste, ses normes et ses catégories. Cet effort n’est pas le même selon l’origine sociale et géographique, et il est plus ou moins efficace. Le chapitre montre que toute mobilité spatiale ou raciale est une prise de risque qui peut s’accompagner d’une régression : un mariage avec un conjoint noir ramène à une condition inférieure, la domiciliation dans une favela suffit à menacer un statut.



