Religions des faubourgs et destins de la nation
Ce chapitre ouvre la troisième partie en faisant des pratiques religieuses un autre marqueur des positions sociales héritées de l’esclavage. Il décrit la grande diversité religieuse des faubourgs depuis la fin du XIXᵉ siècle : religions de matrice africaine (nagô, bantoue), cultes caboclos d’origine indigène, protestantismes venus des États-Unis, spiritismes européens (kardécisme, positivisme), et innombrables pratiques magicoreligieuses thérapeutiques. Dans un Brésil où l’Église catholique n’est pas hégémonique, ces pratiques suscitent curiosité et inquiétude des élites, mais font l’objet d’une répression croissante : interdiction du tambour au centre-ville dès les années 1890, recours à la législation pénale contre le charlatanisme, politiques hygiénistes. Reléguées dans des périphéries moins contrôlées, ces pratiques s’y recomposent et s’hybrident. Au début des années 1930, à l’image du carnaval de la samba, la perception des religions afro-brésiliennes et populaires se transforme : la macumba, la transe, les orixás, jusque-là associés à la pathologie et à une corruption des mœurs, cèdent la place à une « synthèse » nationale opérée par l’umbanda, qui paraît résoudre un conflit de nature morale. Cette évolution rapide des représentations, surtout sensible chez les classes supérieures, prépare le déplacement du regard vers les pratiquants eux-mêmes, replacés dans l’espace concret du subúrbio.



