Institutions noires à Madureira
Le chapitre s’intéresse aux institutions issues du monde noir au moment où les intellectuels brésiliens (Gilberto Freyre, Arthur Ramos) « découvrent » la contribution africaine et esclave à la société avec une certaine fascination. Le terme « africano », d’abord péjoratif (proche de « bossal »), désigne aussi un ensemble de pratiques introduites par les esclavisés les plus récents, devenues hégémoniques dans le monde servile. Ce sont elles qui ont permis aux esclavisés et affranchis des dernières années de l’esclavage de former des organisations résistantes, capables de défendre des positions acquises (terrains concédés, emplois dans le port de Rio). Dans la configuration de Madureira, ces « africains » occupent les espaces les plus marginalisés mais, porteurs d’une culture de résistance et d’autonomie, ils sont à l’origine des écoles de samba, formes renouvelées de résistance et d’adaptation à la métropole industrielle. À partir des récits biographiques recueillis par l’historiographie de la samba, du jongo et les archives du Syndicat Resistencia, le chapitre montre comment, deux générations après l’abolition, le lien entre Afrique, couleur et esclavage se trouve descellé, ouvrant un espace social plus ouvert et des perspectives de mobilité.



