D'un carnaval à l'autre
Le chapitre s’intéresse aux stratégies d’ascension et de « dignité » des populations noires de Rio en comparaison avec celles de São Paulo qui passent par le « milieu noir » et le développement de revues, clubs et associations sur le modèle de l’uplift étasunien : démontrer la respectabilité, voire la supériorité morale et physique de la race noire. À Rio, cette voie passe par le carnaval. Les écoles de samba ne se contentent pas d’imiter les codes esthétiques dominants pour en offrir une meilleure version : si Paulo da Portela, principal instigateur des écoles de samba pendant le carnaval, avait compris la nécessité de « jouer le jeu » des classes supérieures (qualité des costumes, précision des chorégraphies), le défilé des écoles de samba organisé à partir de 1932 sur la Praça Onze glorifie d’autres références issues du monde de la plantation : groupes de bahianaises, « ailes » rigoureusement chorégraphiées, personnages d’autorité, les défilés sont la mise en scène d’une société très structurée qui a forgé ses propres codes dans l’expérience de l’esclavage et réussit à les imposer. La puissance des écoles de samba cariocas, comparée à celle des organisations paulistes, apparaît ainsi remarquable : elle parvient à « faire bouger les lignes de la dignité » au sein des dispositifs de représentation de la société.



