Madureira Ilustrada
Ce chapitre ouvre la deuxième partie, consacrée aux socialisations autour du carnaval. Il part de l’essor, dans les années 1920–1930, d’un espace médiatique pluriel : presse communautaire des migrations européennes, ouvrière, noire, féminine bourgeoise, et revues illustrées de prescription sociale comme O Cruzeiro et Rio Ilustrado. Les subúrbios y sont déjà présents, avec des rubriques dédiées et une « aristocratie suburbaine » d’hommes d’affaires, d’avocats et de journalistes qui édite ses propres titres. À travers une lecture serrée du reportage que Rio Ilustrado consacre à Madureira en 1937, on montre comment ce magazine, organe des élites, met en valeur le quartier en occultant systématiquement la couleur : un élève prodige noir peut être célébré à condition que sa condition raciale — l’intensité du stigmate esclavagiste — ne soit pas explicitée. On reste, deux générations après l’abolition, dans une société régie par un « pacte de silence » qui maintient une égalité formelle tout en laissant peser le stigmate de la couleur. Le reportage atteste néanmoins que les Afro-descendants sont des suburbanos à part entière : ils fréquentent églises, écoles et espaces de divertissement et participent pleinement aux sociabilités du quartier. Or c’est précisément l’évolution du carnaval, scène privilégiée de ces sociabilités et occasion d’accéder au registre de la dignité, que le magazine passe sous silence, et qui fera l'objet des chapitres suivants.



