Condition suburbaine et contrastes socio-spatiaux dans les années 1930
À la fin des années 1920, la population suburbaine devient majoritaire, au moment où s’amorce la transition politique qui mène à la dictature de Vargas (1937). Les habitants de Madureira et Casa Verde gagnent alors une audience médiatique : rubriques politiques, mondaines et faits divers permettent de retracer descriptions et revendications. Deux mouvements se dégagent. D’une part, la presse consolide une « classe suburbaine » définie par la contrainte du franchissement de la distance et la dépendance à l’égard des pouvoirs municipaux pour l’accès aux services urbains – condition partagée que révèlent les accidents (trains, traversées du fleuve, crues, électrocutions) auxquels les individus sont structurellement exposés. D’autre part, à l’intérieur de cette condition commune, l’arrivée de populations chassées du centre-ville par les aménagements de la fin des années 1930 forme des quartiers identifiés comme « noirs », qui sont reconstitués à partir de l’histoire des lotissements, des registres de mariage, des archives du syndicat des dockers (Resistência) et des récits d’habitants. Le chapitre interroge enfin l’usage des catégories « preto » et « pardo » : absentes du recensement de 1920, remobilisées par les sociologues paulistes puis réintégrées en 1940, elles restent surtout institutionnelles (police, recensement). À São Paulo, la Frente Negra Brasileira (1931) racialise les identités ; à Rio, le mot « noir » renvoie à des histoires plus diverses. La mobilité sociale consiste précisément à changer de place dans ce référentiel post-esclavagiste.



