Dès la fin des années 1920, avec la consolidation des banlieues de deuxième génération, la population suburbaine est en passe de devenir majoritaire dans les métropoles. C’est aussi à ce moment que survient une transition politique majeure, qui conduit de la contestation du régime à l’instauration de la dictature de Getúlio Vargas en 1937. Durant cette transition, les groupes sociaux urbains et suburbains acquièrent une nouvelle audience médiatique et politique. Ainsi, les habitants de Madureira comme de Casa Verde sont très fréquemment représentés dans la presse quotidienne, que ce soit dans les rubriques politiques, de faits divers ou les pages mondaines – ce qui nous permet de retracer les descriptions des deux faubourgs et les revendications de leurs habitants. Deux éléments ressortent de l’évolution de Madureira et Casa Verde durant cette période. D’une part, tandis que les arrivées ne cessent de densifier les deux quartiers, on observe à travers la presse la consolidation d’une classe « suburbaine » qui englobe les habitants soumis au franchissement de la distance et à l’intervention des pouvoirs municipaux pour la mise en place des services urbains. D’autre part, à l’intérieur de cette condition suburbaine, de nouvelles populations issues des centre villes chassées par les aménagements urbains de la fin des années 1930 viennent former des quartiers identifiés comme « noirs », que nous pouvons reconstituer à partir de l’histoire des lotissements, des registres de mariage, du syndicat des travailleurs du port de Rio (Resistência) et des récits d’habitants.
Tout au long des années 1920, les noms de Madureira et Casa Verde apparaissent dans la presse quotidienne de Rio et São Paulo dans deux principales rubriques : les actualités sportives – des clubs de football avant tout – et carnavalesques, d’ailleurs souvent organisées par les mêmes associations, et les faits divers. Ces derniers, par petites touches et accumulations, reflètent la vie dans les subúrbios comme une condition singulière, marquée par la vulnérabilité des individus et leur exposition aux dangers de la ville.
Grâce à ces petits ou graves incidents, nous avons une idée des dangers auxquels la population des deux faubourgs est structurellement exposée : les accidents de train, la traversée du fleuve, sont l’un et l’autre à l’origine de nombreux décès. Corps exposés aussi aux intempéries, à la noyade dans les plaines inondables (ou várzeas – un footballeur qui tire trop loin, une petite fille qui ramasse un ballon 265 ), aux crues (en 1926 et 1930), aux accidents de la circulation, ou tout simplement à la dangerosité des équipements urbains comme dans ce cas relaté par le Correio Paulistano en 1925 : dans l’avenue Wilson, le pardo Gregorio Vieira, habitant de Casa Verde, touche un fil électrique par inadvertance et meurt électrocuté sur le coup 266.
A Esquerda, journal carioca qui exprime les inquiétudes des classes populaires, s’est spécialisé dans le signalement de ces incidents qui reflètent la condition des habitants de la zone nord, comme le montrera le film Rio Zona Norte de Nelson Pereira dos Santos en 1957. Parmi une liste interminable, le journal annonce par exemple en 1928 la chute de train d’une femme « mariée, brésilienne, couturière et résidente du 108 de la rue Oliva Maia » 267. Il alerte dans la même édition sur la situation autour de la gare de Madureira. Le journaliste a fait son enquête en observant la station de bonde, de taxi, la descente des passagers du train, et les circulations qui transitent toutes par un même point, devant la gare, à l’angle de l’avenue Marechal Rangel. Il avertit :
Imminence d’une catastrophe majeure.
La police de la circulation sera responsable de ce qui est sur le point d’arriver. Tous ceux qui passent ou vivent à Madureira voient le mouvement colossal des véhicules, circonscrit en un seul point, à un coin de rue, devant l’entrée de cette gare, et prévoient à chaque instant une catastrophe, dont les proportions pourraient être très regrettables 268 …
La circulation, les déraillements et accidents du bonde, sont des sources de danger permanent pour ceux qui circulent quotidiennement dans la ville. Les accidents du tramway de Casa Verde restent dans la mémoire des habitants du quartier (figure 26).
Figure 26. Accidents de bonde à Casa Verde. (À gauche) « Accidente com o bonde que caiu da ponte de madeira no bairro da Casa Verde, sobre o rio Tietê » (Accident du tramway tombé du pont de bois du quartier de Casa Verde au-dessus du Tietê). Source : Jornal da Zona Norte, transmise par José Martiniano Sobrinho. (À droite) Accident du bonde 55 à Casa Verde, 1935. Source : Jornal da Zona Norte, transmise par José Martiniano Sobrinho. Ces photos sont également reproduites dans le hall d’une résidence récente de la rue Casa Verde. CC0
Les phénomènes climatiques – ouragans, inondations, crues, touchent durement les habitants dont les logements sont les plus fragiles ou proches des fleuves 269.
Violent ouragan hier.
Le seul dégât humain de la tempête à déplorer s’est produit à Casa Verde où, en effet, le phénomène atmosphérique a été ressenti avec une violence inouïe, détruisant des maisons, traînant des arbres tombés. L’une des maisons s’est effondrée, coinçant sous les arbres tombés le ressortissant José Severino, 20 ans, ouvrier, qui se trouvait dans sa cuisine à ce moment-là. Le vent a renversé le logement, l’homme se retrouvant pris dans les ruines, le corps incisé de blessures 270.
À Madureira, A Gazeta de noticas, le 15 février 1929, déplore une explosion dans une des carrières de Madureira, au 569 route Marechal Rangel, qui tue un ouvrier et en blesse gravement deux autres : « Éternelle imprudence. Toujours l’éternelle imprudence de surcharger des carrières exploitées par des individus cupides, pour qui la vie d’autrui ne vaut rien ou presque » 271. L’ouvrier Afonso Pereira, « de cor parda » (de couleur brune) de 30 ans environ, meurt sur le coup et son collègue de 22 ans, de cor parda, résident rue Íbia à Turiaçu, devra subir une amputation de la jambe, tandis qu’un troisième n’a pu être identifié car en état de choc. En 1928, A Esquerda relate un accident dans un « baraquement habité par une petite famille dans la rue Tapajoz » 272.
La question des accidents urbains, subis notamment par des enfants, est un des aspects de la « question sociale » dans la mesure où elle rejoint celle des accidents du travail. La santé des enfants, des femmes et de la population ouvrière en général est l’objet de l’attention du Département du Travail de l’État de São Paulo depuis sa création en 1911. Le bulletin de cette administration y consacre de nombreux articles 273. Or, ces enfants sont souvent des habitants des subúrbios, faisant de la question « urbaine » une dimension indissociable de la question sociale. La jeune garde du PRP (Partido Republicano Paulista) qui fait alors scission pour fonder le Parti démocratique se dote d’un organe de presse, le Diário Nacional, qui se démarque par son attention aux enjeux sociaux des subúrbios dès ses premières éditions en 1927 :
La mineure Antonia Bodra, 12 ans, Italienne, résidant dans le quartier de Casa Verde, travaillait hier matin dans une usine à Alameda Barão de Lima, lorsqu’une courroie qui était attachée à un volant a violemment éclaté, la heurtant 274.
Le journal signale qu’une enquête a été ouverte pour accident de travail dont la victime est un mineur. Une autre victime recensée par le même journal en 1928 est Raphael Fazolaro, âgé de 14 ans, habitant au 38 de la rue Casa Verde, qui travaillait au 76 de la rue Santa Efigênia.
Passant de la vulnérabilité des individus à une échelle plus générale des dangers de l’habitat urbain, le Diário Nacional se fait le comptable des malheurs des subúrbios : intempéries, diverses menaces et, surtout, négligences des autorités municipales. Nous voyons à travers les occurrences de Casa Verde dans les colonnes du journal comment la cause des suburbanos fait peu à peu partie d’une plateforme d’opposition et devient un des chevaux de bataille du Parti démocrate. Le lien familial entre les Rudge et Aureliano Leite (il a épousé en 1911 Dulce de Almeida Rudge, née du second mariage de João Rudge), un des leaders du Parti démocratique, peut expliquer le lancement d’une véritable campagne depuis Casa Verde.
Le 4 avril 1928, celle-ci commence avec la tribune ainsi intitulée : « Le quartier de Casa Verde abandonné par l’Hôtel de ville. Le pont qui relie cette banlieue à la ville est sur le point de s’effondrer. Négligence de l’Hôtel de ville » 275. Selon le journal, la mairie ne s’occupe absolument pas du quartier, ne se souvient de ses habitants que pour leur faire payer les impôts, et les habitants n’entendent parler de la mairie qu’au moment de la contribution fiscale. « Avec une profonde résignation, ils ont jusqu’à présent supporté cet état de fait 276. » Mais un danger imminent, la crainte de la chute du pont de bois qui relie Casa Verde à la ville, les oblige à se manifester, et ainsi à s’offusquer contre le gouvernement municipal, qui privilégie à ses obligations élémentaires, des travaux « ubuesques et inutiles », empreints de favoritisme :
Dans une ville comme S. Paulo, une mairie qui passe un contrat avec le fils du président de la République pour la construction d’une avenue d’utilité relative comme l’Anhagabaú 277, qui coûtera une somme fabuleuse, n’aura pas assez d’argent pour construire une amélioration moins coûteuse et aussi indispensable qu’un nouveau pont reliant la ville au quartier Casa Verde 278 ?
La semaine suivante, le journal dénonce « Le revers de la médaille » (« O reverso da medalha ») à propos du progrès de la métropole, qui abandonne dans le même temps la population des quartiers pauvres. Il s’inquiète notamment de l’augmentation du prix des transports par la Light : « Billet de tramway à 300 réis ? L’argument de la Light est sans fondement » 279.
Le 22 avril, c’est au tour de question des déchets urbains : « Le problème des ordures qui s’accumulent dans les banlieues » 280. La collecte des déchets se fait de nuit, par des véhicules à traction animale, dans des conditions qui mettent en danger le lixeiro (éboueur) à cause des nuages de poussière. La ville compte aussi quelques tractions mécaniques, qui s’avèrent très dangereuses pour leur chauffeur. São Paulo, la ville des grandes avenues et des gratte-ciels, n’arrive donc pas à contrôler cette question : des terrains vagues servent de décharge à ciel ouvert y compris près de l’avenue Paulista. Le journaliste photographie ainsi à Casa Verde, un « lac d’immondices » à proximité d’une rue très construite, où l’on voit des rats, et qui menace de devenir un foyer de peste.
Enfin le 25 juillet, le Diário Nacional fait le point sur les manquements de la mairie et réitère sa charge avec l’article : « Un quartier de plus de 5000 maisons complètement abandonné par la mairie. Pas de chaussée, pas d’eau courante, pas d’éclairage public et pas d’assainissement » 281.
Finalement les autorités ont entrepris la réparation du pont. Mais cela ne règle pas tous les problèmes qui sont l’objet du reportage : déjà, le pont aurait dû être refait en béton armé et non en bois. Le dépôt d’ordures menace toujours la santé publique de toute la ville. Les rues attendent toujours d’être pavées, laissant les habitants entre le fléau de la poussière et celui de la boue. Surtout, « ces rues ressemblent plus à des routes du fin fond du sertão qu’à des voies publiques » 282. Comble du comble, s’offusque le journal, alors que tant de rues attendent l’intervention de la municipalité, une petite rue du fond du quartier aurait été récemment pavée, tout ça parce qu’y réside un ami intime du chef de cabinet de la mairie ! Quant à l’eau, le quartier n’est toujours pas approvisionné par la ville. Les habitants ne peuvent utiliser l’eau du Tietê qui est trop sale pour laver quoi que ce soit. Ils sont obligés de se rendre à une source lointaine hors du quartier, ce qui évidemment pose toutes sortes de difficultés. Il n’y a pas non plus d’éclairage public : tout l’éclairage est assuré par les particuliers. Enfin des eaux stagnantes un peu partout menacent la santé des habitants, et le quartier exige un assainissement immédiat. En bref, résume l’article, un projet vient d’être déposé à la mairie pour refaire la rue Casa Verde, ce reportage et ces plaintes ayant pour but de convaincre les conseillers municipaux. Car en effet, il s’agit de dénoncer le gouvernement du maire, dont les malversations et l’incompétence se traduisent dans son profond désintérêt pour les habitants des quartiers pauvres et les suburbanos.
Quelques mois avant la campagne présidentielle, un autre article intitulé « Casa Verde, le quartier abandonné. Sans lumière, sans eau courante, ses habitants vivent embourbés dans des flaques d’eau » 283 dénonce le maire de São Paulo, José Pires do Rio, « imposteur » qui trace des grandes avenues dans les quartiers de Campos Elyseus et Hygienópolis, sans s’occuper de Casa Verde. « Ces grands foyers de la véritable population pauliste, industrieuse et ordonnée, ne méritent pas l’honneur de sa visite » 284, sauf quand il vient en convoi du PRP pour distribuer ses bulletins de vote. On parle ici du manque d’éclairage public sur le pont, d’où est tombé quelqu’un récemment, et du déchargement d’un camion qui vient chaque jour déposer ses déchets en pleine rue. Dans la même veine, on peut lire le 21 juin 1930, peu avant les élections :
De nombreuses fois, la rédaction du Diário Nacional a attiré l’attention des autorités municipales sur le triste abandon dans lequel se trouvent les quartiers de la capitale. Elle s’est efforcée d’obtenir pour eux les améliorations qu’ils méritent, correspondant à la confiance que le peuple lui accorde en envoyant ses plaintes et ses doléances à cette rédaction. Tous les efforts déployés dans ce sens se sont soldés par un échec total. Les politiciens de São Paulo ne connaissent São Paulo qu’à travers les vitres de leurs élégantes limousines. Ils ne visitent pas les quartiers pauvres et n’imaginent même pas entreprendre une telle aventure. Ils se contentent de les regarder … au cinéma. La négligence de la mairie est visible partout dans la ville, mais elle atteint l’absurde dans les quartiers populaires. On y voit les spectacles les plus révoltants. Des rues pleines de maisons qui attendent d’être pavées, d’autres qui attendent les réparations promises par les échevins de la législature précédente. Les ponts menacent de s’effondrer, avec un grave danger pour un quartier peuplé comme Casa Verde. Des banlieues sans électricité et sans aucun service public comme Casa Verde. Et ainsi de suite 285.
A priori, Casa Verde n’apparait pourtant pas comme un foyer de l’opposition au nouveau président élu Julio Prestes, qui ne sera pas investi en raison du coup d’État de novembre 1930. Ainsi, le Correio Paulistano relate, pendant la campagne de 1930, l’inauguration du nouveau salon de la société União Universal Recreativa F. C. à Casa Verde, dont l’invité d’honneur fait un discours sur le « fecundo governo do sr Julio Prestes ». Oswaldo Rudge préside lui-même la subsection locale du PRP. Mais dans le même temps, la subsection locale du Parti démocratique, membre du front de l’Alliance libérale qui s’oppose au PRP et soutiendra le coup d’État, se réunit au siège des E. C. Democráticos de Casa Verde 286. Les résultats locaux des élections parus dans le Correio Paulistano sont en revanche sans ambiguïté : dans la capitale pauliste, Prestes obtient 90 % des voix, mais à Casa Verde c’est 97 %, avec seulement 5 voix pour Vargas contre 165 pour Prestes. Cette faible participation contraste avec celle des quartiers populaires voisins (le quartier d’Iphigénia a mobilisé environ 12 000 électeurs, Bom Retiro 8500, Sant’Anna 3000).
Après la mise en place du gouvernement provisoire, le Parti démocratique, à travers le Diário Nacional, continue d’évoquer régulièrement la cause des suburbains pauvres qu’il entend prendre en charge. Là encore, ceux-ci servent de justification à l’opposition virulente au gouvernement municipal, celui mis en place par Vargas cette fois. En 1931 le journal dénonce la municipalité, qui doit payer leur travail aux couturières qui avaient fabriqué les uniformes de l’armée réserviste au moment de la révolution. Elles n’ont toujours pas reçu leur salaire et pour venir le réclamer chaque jour devant les bâtiments des entrepôts de la police militaire pauliste, elles doivent marcher plusieurs heures :
Les pauvres couturières des entrepôts de la Force publique n’ont toujours pas été payées.
Les pauvres femmes tristes et déprimées, certaines protestant dans un charabia colonial au sujet de leurs plaintes, d’autres déprimées, les larmes aux yeux, probablement parce qu’elles ne savent pas ce qu’elles auront à dîner ce soir-là, se retirent à pied dans leurs quartiers éloignés… Elles vivent toutes à Penha, à Mooca, à Belemzinho, à Barra Funda, à Casa Verde, à Sant’Anna – des quartiers éloignés où les déplacements sont difficiles, dans des rues non éclairées et sans aucun confort. Les plus petits enfants doivent pleurer de faim, s’étonnant de l’absence du sein dont ils se nourrissent. Presque toutes sont des femmes du peuple, dont les maris sont au chômage ou gagnent à peine leur vie 287.
Un peu plus tard, le journal se fait le relais d’une commission de laitiers, contraints par la nouvelle loi de faire pasteuriser leur lait deux fois par jour dans le centre-ville :
La récente loi sur le lait ne remplit pas son objectif et doit être modifiée.
Il n’est pas possible que les vachers fassent ce trajet deux fois par jour alors qu’ils vivent tous aux les limites de la ville ! C’est une question de temps et rien d’autre. Comment un vacher qui vit à Pinheiros, Butantan, Casa Verde, Santo Amaro, Guarulhos, peut-il aller dans la rue Joaquim Carlos 288 ?
Il accuse cette loi de favoriser l’entreprise Elyte qui, de connivence avec la municipalité, cherche le monopole de la commercialisation.
Dès le début de l’année 1932, l’opposition au gouvernement provisoire et à la nomination par Vargas d’un interventor nordestin imposé à la classe politique pauliste, réunit à nouveau le Parti démocratique et le PRP traditionnel. S’engage un rapport de force avec Rio pour obtenir la constitutionnalisation du régime et l’organisation immédiate d’élections. La résistance de Vargas conduit plusieurs États à se rallier à la cause constitutionnaliste contre lui et en juillet, une armée pauliste se lève contre le gouvernement provisoire et marche sur Rio. Les Rudge partagent désormais le même combat politique et on retrouve Ana Rudge dans son rôle traditionnel de « bienfaitrice de Casa Verde » (benfeitora de Casa Verde), qui distribue des cadeaux aux enfants du quartiers lors d’une fête de la congrégation marianiste à l’occasion des fêtes de São João Evangelista, le saint patron de Casa Verde, en décembre 1932 289.
Le 12 juillet 1932, Aureliano Leite lance un appel aux réservistes pour former de nouveaux contingents ; le dernier des 27 bataillons est celui de Casa Verde 290. Le Diário Nacional veille à sa mobilisation et dénonce les anciennes autorités policières qui continuent d’exercer leur emprise à Limão et Sant’Anna, tandis que les « casaverdenses » ne se laisseront pas faire. Au contraire, des constitutionnalistes, « civils dévoués », assurent le service d’ordre sous l’autorité d’un chef de police de la cause, et reçoivent ainsi le soutien financier spontané des commerçants du quartier 291.
À partir de 1932, le journal A Gazeta, propriété de Cásper Líbero, devient la voix du mouvement constitutionnaliste. Il dénonce lui aussi les insuffisances du gouvernement urbain et son mépris pour les habitants de Casa Verde, qui souffrent toujours des mêmes problèmes et du mépris des autorités. De même que pour le Diário Nacional, la condition des travailleurs suburbains est un motif de contestation politique. Ainsi, le cas des barbiers qui réclament l’application de la loi sur les 8 heures de travail en 1933, promesse gouvernementale qui ne s’applique pas encore à leur profession. La distance parcourue par les barbiers qui résident dans les quartiers périphériques, dont Casa Verde, est en cause, ainsi que les défaillances de la compagnie qui assure le service de transport, la Light 292.
Tandis que la vie locale, festive et sociale reprend son cours, toujours illuminée par la présence de la « prodigieuse » famille Rudge (le président du club sportif, le champion Olavo Rudge, organise un immense barbecue avec orchestre, feux de joie et distribution de boissons 293 ), tout au long de l’année 1933, le sujet de l’abandon de Casa Verde revient dans les colonnes.
Le 4 janvier, c’est toujours le problème des eaux stagnantes 294 dans la rue Paulina Rudge. Il serait dû à un changement d’alignement de rue, auquel les frères Rudge auraient fait procéder juste après la vente. Résultat, le nouveau propriétaire a construit un mur et la rue est devenue une impasse où stagnent les eaux de pluies, formant un lac susceptible d’héberger des foyers infectieux. Les habitants ont fait appel au service sanitaire de la mairie mais il leur a été répondu que la rue Paulina Rudge n’était pas officielle et donc que leur demande ne pouvait être prise en compte. Le journaliste fait remarquer qu’au moment de collecter les impôts, la mairie se souvient pourtant bien de ses habitants.
Le quartier de Casa Verde est aujourd’hui une ville de plusieurs milliers d’habitants et mérite, pour cette raison même, l’attention de la mairie qui l’a relégué à l’abandon complet. Les rues y sont impraticables, pleines de boue et de poussière et toujours cahoteuses. Il n’y a pas d’éclairage public. Comme dans toute la ville, il y a beaucoup de taxes de toutes sortes imposées par la municipalité aux habitants de ce quartier très peuplé et complètement abandonné (…) Il est temps que la municipalité, qui n’oublie jamais d’imposer et de collecter des taxes, fasse quelque chose en faveur des habitants de ce quartier populeux et complètement abandonné 295.
Le 8 juin, un groupe d’habitants de Casa Verde adresse un courrier recommandé au maire pour exiger des améliorations sur la rareté des bondes et bus et sur l’état lamentable des rues non pavées 296. Une autre plainte est déposée 297 par des habitants à propos de la rue Nero Costa qui est inondée. Le 2 septembre, un nouvel avertissement de la menace de chute du pont de Casa Verde ; le 30 novembre, les habitants de la rue Inhaúma sont privés d’eau depuis trois mois… à tel point que certains, excédés d’attendre l’attention des services publics, ont déménagé 298 !
Bien que la situation politique soit très différente à Rio, la cause des suburbanos est là aussi l’objet d’une politisation médiatique. La question sociale est volontiers abordée par les autorités municipales dans ses dimensions sanitaires. Les médecins hygiénistes ont fondé partout des Postos de Saneamento Rural : celui de Madureira ouvre en 1928 et fonctionne jusqu’en 1934. Interrogé par le Rio Ilustrado en 1936, Belisario Penna raconte cette période. « Après avoir été de 1928 à 1931 également le siège d’un district de police de foyers épidémiques, le “8e district héroïque”, comme on l’appelait, a heureusement été dissous avec mon départ pour cause d’incompatibilité avec l’orientation donnée par la Fondation Rockefeller » 299. Il poursuit : « je ne veux pas me rappeler de cette époque sinon en disant que j’ai trouvé le district avec 90 % de foyers infestés et 50 % avec des moustiques porteurs de la fièvre jaune, et que je l’ai rendu en 1931 avec 0 % ». En effet, poursuit la revue, après l’enregistrement d’un premier cas dans le régiment de Campinho en 1928, l’épidémie s’est répandue très rapidement, transformant la « cidade maravilhosa » en champ de bataille. Le travail était fait par le « brave et humble « mata-mosquito » (« tue-moustique »), dont la revue reproduit quatre photos issues des archives de la fondation Rockfeller, avec la légende suivante :
L’aspect pitoyable que le Dr Paranhos a trouvé dans les rues d’Oswaldo Cruz. Des marais de miasme, de fièvre et de désolation. En bas, le même lieu investi par les assistants du Dr Paranhos 300.
Un autre aspect dénoncé en 1928 par le journal populaire A Esquerda est l’inaction et la corruption des autorités de police.
Le maintien de l’ordre dans les banlieues.
Madureira a été livré à diverses bandes de voleurs. La zone suburbaine soumise à la juridiction du 23e district, qui est énorme, devient inhabitable. Les habitants ne peuvent pas avoir la moindre confiance dans la police, car chaque nuit un certain nombre de maisons sont cambriolées, sans qu’un seul escroc ne tombe entre les mains de la police. Si vous vivez à Madureira, vous êtes complètement à la merci des voleurs, car la police ne fait absolument rien. L’enquêteur Palha, qui sert dans le 23e district, passe ses nuits et ses jours au commissariat à faire sa politique et à intriguer auprès de ses camarades au lieu de s’occuper de la zone qui lui est confiée et de poursuivre les criminels 301.
La question des impôts est cruciale car elle matérialise l’insertion des subúrbios dans la communauté urbaine. Elle mobilise les contribuables qui estiment pouvoir bénéficier des services publics minima. En 1931, A Esquerda s’indigne d’« une rue de Turiaçu à l’état de jungle » 302. La rua Íbia n’est pas entretenue et laissée en friche, soi-disant parce que la municipalité n’a pas à intervenir sur une rue qui relèverait du service de l’EFCB.
Enfin, peu importe à qui revient la compétence de faire désherber la rue Íbia : ce que les habitants veulent, c’est que ce service soit rendu, car, disent-ils, s’ils paient des impôts, si les commerçants paient des licences, ils ont aussi droit à un peu d’attention de la part des autorités administratives, qui n’en feront pas moins si elles s’occupent de la cause publique 303.
Fondée par un collectif d’avocats du centre-ville mais dont les membres résident à Meyer 304 et financée par le propriétaire du Jornal do Brasil soutien du gouvernement de Pedro Ernesto, la Revista Suburbana parait mensuellement entre février 1933 et 1934 pour se faire le porte-parole des habitants du subúrbio : le « magazine mensuel des aspirations suburbaines » 305. Dans son premier numéro, elle reprend les thèmes que l’on trouvait dans la presse pauliste : d’une part le mépris et l’abandon des pouvoirs publics, alors que les subúrbios de Rio comptent désormais « Un million d’habitants ! » :
La banlieue est la terre de la richesse, le bras pour le travail et aussi la joie et la vie de la ville… Cependant, cette terre que Dieu a dotée de tant de richesses, a toujours été oubliée par les gouvernants 306 !
La revue alerte sur les enjeux immédiats pour la population :
L’assainissement général, qui est retardé ; le réseau d’égouts, qui devrait déjà être un fait ; le pavage de ses rues ; un plus grand nombre d’écoles réparties en fonction du noyau de population ; les moyens de transport, la construction d’autoroutes, et leur entretien pour intensifier les relations locales ; l’assistance publique, l’institution de postes de santé et d’hôpitaux dans les différents districts, de maternités, etc. ; canalisation de l’eau potable pour toutes les localités, même les plus éloignées ; installation d’une électricité abondante et parfaite, même dans les hameaux les plus reculés ; enfin, électrification de la Gare Centrale pour la plus grande commodité de sa population 307.
La cause des suburbains ou les « aspirations suburbaines », qui recoupent à la fois celles des catégories ouvrières vulnérables et celles des « citoyens actifs » de la bonne société, participent d’un discours de revendication, susceptible d’être relayé par d’autres acteurs, politisé voire instrumentalisé, et en tout cas digne d’intérêt pour la presse grand public.
Or, la démographie des subúrbios connait une nouvelle poussée au milieu des années 1930, sous l’effet conjugué de politiques urbaines qui touchent à la fois le centre-ville et le transport. À Rio, le décret du 29 décembre 1930 et un règlement des services en juin 1932 encadrent les concessions d’autobus et le prix du billet, selon une tarification établie et contrôlée par la mairie. À partir de 1934, la mairie produit un plan de transports qui organise les concessions par quartier. Le prix du transport ferroviaire suburbain est régulé à partir de 1935 (le prix du trajet de Madureira jusqu’au centre par l’EFCB est fixé à 1 tostão 308 ). Le peuplement des périphéries s’accélère ensuite, lorsque les deux métropoles entreprennent d’importants travaux urbains dans leur centre-ville, qui ont pour conséquence le départ des populations déplacées par les travaux vers la banlieue : la construction de l’avenue Vargas à Rio sous le mandat du préfet Dodsworth à partir de 1937, et l’application du Plano de Avenidas par le maire de São Paulo, Francisco Prestes Maia.
Cette croissance est sensible au niveau de Casa Verde, qui ne compte encore que 13 000 habitants en 1934 mais double presque sa population en 6 ans avec 22 000 habitants en 1940, et la triple dans la décennie suivante, avec 58 000 habitants en 1950. Le district de Madureira compte environ 150 000 habitants en 1940.
Du fait de l’élargissement du front d’urbanisation, la tension foncière augmente autour des gares et terminus de bonde où se trouvent les premiers lotissements. Même si ce « second front » génère sans doute moins de plus-value que celui de la génération précédente, les terrains deviennent des objets de spéculation, y compris pour des investisseurs extérieurs. Dans la revue illustrée O Cruzeiro, à destination des classes supérieures de la zona sul, on peut lire l’annonce suivante : « Achetez un lot et attendez sa valorisation ». La réclame concerne des terrains non bâtis entre Irajá et Vaz Lobo, zone de la propriété des Machado, baptisées Villa Rangel et Villa Mimosa, et l’argument principal est leur proximité avec les réseaux de transport : train à Irajá et bonde pour Madureira 309.
À Casa Verde, Francisco Baruel est le propriétaire du terrain jouxtant celui des Rudge. Plus ou moins à l’abandon, il était depuis 1920 le théâtre de quelques drames, suicides, règlements de compte dont rendaient compte les journaux. En 1929, Baruel lance les travaux de la Vila Baruel, projet similaire à la Vila Tietê, dont les plans sont déposés à la mairie en 1930 310.
Le projet économique de la Vila Baruel est moins ambitieux que celui de la Vila Tietê mais il s’inscrit toutefois dans sa continuité. Il attire en tout cas des jeunes ménages venus des quartiers industriels. Le Correio de São Paulo annonce en 1933 le mariage d’Italiens résidant Vila Baruel : lui est polidor (polisseur) de profession, né à Moóca en 1902 de parents italiens, elle est née à Sé en 1901 de parents italiens également, de profession prendas domésticas (employée de ménage) 311. D’autres Italiens, qui travaillent en usine dans le Bom Retiro, viennent s’installer depuis Barra Funda ou Bom Retiro 312.
Un fait divers survenu dans la rue Garibaldi en septembre 1936 nous indique que la Vila Baruel accueille aussi des familles noires 313. Autre signe de la présence d’une population noire dans le quartier, en février 1933, lors de la campagne de recrutement d’électeurs de la Frente Negra Brasileira (Front noir brésilien, FNB) en vue des élections à l’Assemblée constituante, Casa Verde est le district qui enregistre le contingent d’électeurs le plus important, avec 550 inscrits, suivi du Braz (420), de Bela Vista (410) et Bosque da Saúde (398) 314. La même année, l’organe de presse du mouvement noir, A Voz da raça, annonce le mariage de plusieurs de ses résidents. Les éditeurs du journal ont d’ailleurs un rôle dans l’installation de familles noires en périphérie. Les membres de la FNB sont en effet incités à s’émanciper de la pression et de l’humiliation liées à leur statut de locataires exposés aux expulsions, et à acheter un lot en périphérie, où ils pourront être propriétaires et respectés 315. Le lancement d’un ultime lotissement à Casa Verde en 1935 va leur en offrir l’opportunité. Il s’agit du terrain nommé Sitio do Bicudo (propriété de Manuel Campos Bicudo), ou Sitio Mandaquí, qui longe la rivière du même nom à l’ouest et les terres du monastère São Bento à l’est, et jouxte la chácara Baruel au sud. Sur le plan de São Paulo de José Castiglione (figure 27), cette parcelle est désignée comme Parque Suisso et quelques rues sont déjà indiquées.
Figure 27. Terrain de Francisco Peruche, début des années 1930 (entouré en bleu). Planta de S. Paulo, José Castiglione (entre 1930 et 1935). APESP. CC0
Le terrain est désormais la propriété du Dr Francisco Paula de Peruche, investisseur du centre-ville d’origine italienne (qui apparait parfois comme Perucci). À l’issue de l’annulation de son mariage avec Candida Inglez de Souza, Peruche récupère ce bien à Casa Verde et procède à son lotissement en avril 1935. Il vend rapidement les lots, à crédit et à des prix défiant toute concurrence, ce d’autant plus vite qu’il ne s’embarrasse pas de formalités : il ouvre un petit bureau de vente au milieu de la parcelle (actuel emplacement de l’école primaire Ary Barroso) avec l’aide de sa fille. Celle-ci écrit simplement sur un cahier les noms des acquéreurs et leur remet un certificat d’usucapion (usucapião), c’est-à-dire une attestation d’occupation valant droit d’usage exclusif (et non pas de propriété, qui impliquerait un acte notarié ; celle-ci pouvant néanmoins être revendiquée après un long délai d’occupation) 316. Tandis qu’aucun raccordement n’est prévu sur le site (ni eau, ni électricité), Peruche propose la construction de maisons-types très simples dont il fournit les matériaux et les plans, maisons « en L ou P » 317. Rapidement, l’ensemble du terrain est occupé et prend le nom de Parque Peruche (figure 28).
Figure 28. Lotissement du Parque Peruche, 1943. Source : Planta da Cidade de São Paulo, The São Paulo Tramway. Light and Power Co. Ltd, 1943. APESP. CC0
Les lots, assez grands, attirent d’abord des habitants de Casa Verde : Pedro João Gues Magu Zito, fils de Portugais né en 1927 dans la rua Paulina Vergueiro Rudge, y emménage en 1931. Des habitants de la rue Professor Castro Pereira qui « était pleine de Portugais » profitent de l’opportunité pour y installer un magasin, un terrain potager et lotir la parcelle 318. Le grand père d’Alessandro, d’origine italienne, vivait dans la rue Galiléia et achète lui aussi un lot qu’il occupe puis lotit à son tour 319. En 1936, une épidémie de typhoïde pousse des familles à déménager du Bom Retiro et à se réfugier sur les hauteurs de Casa Verde, où les terrains leur permettent d’avoir une activité agricole 320. Des habitants de Vila Espanhola, qu’on appelle maintenant Abissínia tant les noirs y sont nombreux, acquièrent aussi des lots bon marché. Antonio Dios (noir) y emménage en 1935 :
Les rues présentant la plus forte concentration de Noirs étaient Aguas Virtuais, Ouro Grosso et Galiléia. Les familles noires (os patricios da raça) dominaient ce Peruchão jusqu’à la rue Zilda. De nombreux Noirs étaient des cheminots de la compagnie Sorocabana 321.
Les grands-parents de Teresa, qui sont venus de l’intérieur (lui comme travailleur ferroviaire, elle comme couturière, autrement dit les métiers classiques de l’époque selon elle), racontent qu’un certain João Piso, leur voisin, vendait des lots du lotissement 322 . Autour de la chácara do Sampaio, du nom de ses premiers occupants, on rencontre aujourd’hui plusieurs de leurs descendants. Les personnes nées dans les années 1930 racontent que leurs parents venaient des régions du café de São Paulo (Piracicaba, Campinas), du Minas Gerais, de l’État de Rio… Mais beaucoup viennent d’abord des quartiers industriels de Bom Retiro, Bexiga et Barra Funda. Célèbre sambiste de São Paulo, Tuniquinho Batuqueiro rappelle dans une interview en 2007 comment il y avait emménagé enfant avec sa famille :
Puis est venue l’affaire de libérer les porões 323 […] que les pauvres ne pouvaient pas vivre sous le sous-sol […] toute cette affaire […] Tous les pauvres […] noirs et blancs […] vivaient dans ces sous-sols […] Donc y avait pas moyen […] « Dégage ! – Et où vais-je vivre moi ? – Dégagez ! Achetez un terrain […] Allez vivre sous les arbres […] Je ne sais pas ! » Et les Noirs ont commencé à partir. Et mes vieux sont partis du côté de Peruche. Ils vendaient pas cher là-bas ! Ils ont acheté là. De temps en temps quand il y avait du vent, la maison nous tombait sur la gueule […] Mais il fallait bien, mec 324 !
Ce sont finalement des noirs qui sont majoritairement venus s’installer au parque Peruche. D’après l’estimation d’un ancien habitant, 80 % des lots ont été occupés par des familles noires, expulsées de Bexiga par la construction de l’avenue Nove de Julho 325. La création, en 1941, de la confrérie de São Benedito dos Homens Pretos, est un témoignage supplémentaire de la forte présence d’une population noire, qui progressivement donne son identité au quartier.
Cela n’empêche pas l’installation de familles blanches, dans le lotissement Peruche, la Vila Espanhola ou Baruel, qui arrivent également des régions de plantation de café ou des quartiers industriels comme Bom Retiro, et participent ainsi à la mixité du peuplement. La paroisse de Nossa Senhora das Dores est fondée en 1940 dans la rue Lucinda, Vila Baruel. Sur les 103 mariages enregistrés la première année, 31 hommes sont nés dans l’État de São Paulo, 28 en Europe et 25 dans la ville de São Paulo. Seuls 5 proviennent du Nordeste et 11 de divers endroits du Brésil et d’Amérique. La situation des femmes est différente : 38 sont nées dans l’État de São Paulo et celles nées en ville sont plus nombreuses que les migrantes, ce qui correspond au schéma migratoire de la ville de São Paulo en général. On observe une forte exogamie : dans chaque catégorie, un tiers seulement des mariages se font au sein du même groupe d’origine 326.
Ainsi, sur les 31 hommes nés dans l’État de São Paulo, seulement 13 se marient avec une femme de même origine, et encore, un seul couple parmi eux est né dans la même paroisse. Les 11 mariages qui unissent deux Européens suivent le même schéma : seuls deux concernent des migrants de la même région d’origine, même lorsque ce sont des compatriotes (9 mariages de Portugais, 1 d’Italiens, 1 de Lituaniens). Parmi les 11 couples dont les deux membres sont nés à São Paulo, un seul vient de la même paroisse, Barra Funda. Ces configurations montrent que malgré un processus de répartition socio-raciale de l’espace favorisé par le type de promotion foncière, le brassage de population est important – même si le fait de partager le même type de parcours migratoire reste déterminant dans les mariages, et bien que l’on ne puisse pas quantifier les unions entre noirs et blancs.
L’urbanisation par lotissements de Casa Verde est bien différente du processus de peuplement de Madureira. Près de la gare de Turiaçu, le long de la route d’Otaviano, les terrains sont vendus au fil de l’eau. Le quartier de Turiaçu se densifie au début de la décennie. La mère de Celso, né en 1931 dans une petite maison où il tient toujours une lanchonete (snack-bar), était née à Luz. Ses parents ont vendu leur petit terrain rural pour venir acheter ce lot à Turiaçu. Le père de Celso, venu d’Alagoas avec ses trois frères, y a fait construire la maison où Celso vit toujours 327. La paroisse de Santa Rita (fille de São Mateus) créée en 1923 à Oswaldo Cruz, célèbre ses premiers mariages en 1933. Sur 25 mariages enregistrés, 15 concernent des couples qui sont nés dans la ville de Rio et dans la même paroisse. La majorité des autres sont nés dans l’État de Rio. Seules trois femmes viennent du Nordeste, ainsi que trois hommes, trois autres hommes viennent du Portugal (dont un de la colonie du Cap Vert) et un de l’État de São Paulo. En 1938 où furent célébrés 12 mariages, 5 ont uni deux personnes de Rio nées dans la même paroisse 328.
Les habitants de Turiaçu dans les années 1930 sont donc pour moitié venus de la ville de Rio, sans doute arrivés avec leurs familles et leurs réseaux, au sein desquels ils trouvent leur conjoint pour une bonne partie d’entre eux. Cette configuration se reproduit sur l’année 1943 : sur 32 mariages et 64 individus, seuls 5 sont nés à Madureira. La très grande majorité (57 sur 64) est originaire de la ville de Rio, des paroisses voisines (Penha, Piedade, etc.) ou d’autres subúrbios plus proches du centre (S. Cristovão, Engenho Novo…). Pour les 25 mariages qui unissent des Cariocas, 12 concernent des individus de la même paroisse. Au début des années 1940, Turiaçu reste un lieu d’immigration, dont le marché matrimonial est peu ouvert : d’un côté, l’urbanisation est spontanée, dispersée ; de l’autre, des réseaux sociaux déjà constitués accompagnent l’installation des nouveaux venus 329.
En l’absence de toute mention de la couleur de cette nouvelle population, il faut s’appuyer sur des sources moins systématiques pour essayer de reconstituer la situation raciale. Le syndicat Sociedade de Resistência dos Trabalhadores em Trapiche e café, connu pour avoir fédéré les travailleurs du port au début du xxe siècle et pour être composé et dirigé en majorité par des noirs, peut, grâce à son registre, nous donner, vu depuis le centre-ville, quelques tendances sur les dynamiques de peuplement de la banlieue. En effet, les travailleurs du port sont réputés résider à proximité de celui-ci, sur les districts voisins comme celui de Gamboa où se concentre dans les années 1910 une population noire. Toutefois, le registre indique, pour la période des années 1920 durant laquelle 372 nouveaux membres sont inscrits, que les domiciles des syndiqués ne se situent que pour un quart d’entre eux au centre de Rio et dans les morros ou favelas proches du port (« Morro », « Providência », « Favela », « Castelo ») 330. Les syndiqués de Resistência vivent en majorité dans les périphéries, et pour 44 %, dans la zone Nord, le long des deux lignes ferroviaires Leopoldinha et EFCB. Sur les 65 syndiqués vivant dans la zone Nord, 16 sont installés à Madureira.
Pendant la décennie 1930–1940, 655 nouveaux membres ont été inscrits : 42 % d’entre eux vivent dans un district « urbain » et 40 % dans la zone Nord (les autres se répartissent dans différentes périphéries), soit 263 personnes, dont 40 à Madureira. Madureira devient donc un subúrbio surreprésenté, ce qui peut s’expliquer par les « effets de grappes » liés aux modalités de recrutement, parmi les membres de la famille, de la parenté fictive et des alliances de voisinage 331. Ainsi, nous pouvons imaginer que Madureira était devenu un bassin de recrutement tout autant qu’un lieu de destination pour les familles noires du centre.
Contrairement à Casa Verde où la ville gagne sur les terrains ruraux à coups de lotissements organisés par les propriétaires, ce sont les parcelles déjà occupées qui se densifient au cours de la décennie 1930. Le parcellaire était encore très peu dense pendant les années 1920 ; l’occupation des sols augmente par l’action progressive des propriétaires et non par opérations urbaines. On voit apparaître de moyens ou petits lotissements, et parfois des parcelles sont seulement démembrées en partie, comme dans le quartier d’Oswaldo Cruz (figure 29), par exemple sur l’îlot Frei Bento/Souza Caldas/Estrada do Sapê/Cananaéa/Guararema, divisé en une centaine de lots vendus avec un petit bâtiment (figure 29a). On construit parfois simplement une deuxième habitation dans le fond de la parcelle (figure 29b,c), qui sera destinée à la location ou vendue, ou encore lotie avec 5 ou 6 vilas ouvrières (figure 29d,e).
Figure 29. Lotissements à Oswaldo Cruz, années 1930. (a) Lotissement Dolabella Portella Cia Lmtda, 1936. (b) Démembrement Estrada do Portella, 1937. (c) Lotissement Portella de Joaquim Vieira, 1938. (d) Lotissement Portella et Dagmar Fonseca 1938-39. (e) Lotissement Portella pour la construction de 6 petites maisons, 1938. (a)–(e) Source : Acervo da Secretaria Municipal de Urbanismo, Prefeitura do Rio de Janeiro. CC0
Vu la taille des parcelles et le type de bâti, ces lots sont très clairement destinés à des catégories populaires, qui viennent alors intégrer un tissu social-urbain plutôt mixte, qu’ils contribuent à diversifier. Ce processus de densification n’est pas celui que l’on retrouve à Casa Verde, alors que les catégories sociales concernées sont sans doute similaires : noirs expulsés du centre par la politique d’éradication des cortiços et porões, familles du centre délogées par les grands travaux.
À Madureira, la dynamique du peuplement justifie que sous le mandat du maire Dodsworth (1937–1945), trois écoles primaires ont été créées ou agrandies. Dix ans après les premiers mariages de Santa Rita, la paroisse de Santo Sepulcro est inaugurée en 1945 près de la gare Eduardo Araújo. Cette fois, sur les 100 premiers mariages, le schéma démographique a basculé : il y a moins de migrants parmi les hommes qui sont majoritairement nés à Rio (56), dont 14 au moins à Madureira. Dix seulement sont nés en Europe, 17 viennent du Nordeste, et autant de l’État de Rio. Du côté des femmes, 85 sont cariocas dont 15 nées à Madureira. Seules trois sont Européennes (deux Italiennes qui se marient avec des Italiens nés dans l’intérieur et une Portugaise), et 15 viennent du reste du Brésil dont cinq du Nordeste 332.
Les types d’union selon l’origine des mariés sont très variés. La configuration la plus répandue, pour 34 mariages sur 100, est l’union entre deux Cariocas – dont 13 concernent des habitants nés à Madureira. Parmi les 21 autres mariages cariocas, un seul concerne des époux nés dans la même paroisse. Nous sommes donc dans une situation différente du quartier de Turiaçu quinze ans auparavant : tandis que l’ancrage dans le quartier et ses effets sur les unions se font déjà sentir – avec l’impact du voisinage sur les rencontres – la majorité des couples se forme dans un brassage au sein d’une condition urbaine commune, et dans un contexte où la migration intra-urbaine, entre subúrbios, est très importante et correspond à une identité sociale.
À la fin des années 1940, les subúrbios de Madureira et de Casa Verde sont des quartiers consolidés, dont la trame urbaine est arrivée à maturité – leur morphologie ne changera que très peu jusqu’à nos jours 333. À partir de cette date, l’extension des deux métropoles se poursuit au-delà : vers la Serra da Cantareira (Cachoerinha et Nova Cachoeirinha) tandis que São Paulo s’étend globalement dans toutes les directions (et en particulier à l’est et au sud) et au-delà du District Fédéral, dans l’État de Rio, dans la baixada fluminense. Les conditions de peuplement ont alors changé avec le développement des voies automobiles et dans les composantes de la migration dès lors majoritairement en provenance du Nordeste. C’est aussi à partir de là que le terme subúrbio, à Rio, prend la signification du « lieu des pauvres dans la ville » 334.
Mais les subúrbios constitués entre 1920 et 1940 présentent à Rio et à São Paulo des caractéristiques communes et spécifiques. À Casa Verde comme à Madureira, une société singulière s’est constituée, loin d’être le résultat d’un peuplement anarchique et anomique. Au contraire, les deux quartiers héritent d’une trame sociale structurée, déterminée d’abord par la propriété foncière, et profitant à une élite locale que le peuplement ne viendra pas modifier mais au contraire rendre plus influente. La première période de peuplement, autour des années 1920, voit la promotion d’une classe sociale – commerçants à Madureira, petits industriels ou entrepreneurs à Casa Verde – qui a su profiter de l’urbanisation et des bénéfices de la promotion immobilière. Celle-ci s’opère alors autour des gares et ressources urbaines, produisant de nouveaux centres et périphéries, de nouvelles marges et interstices où l’on retrouve les plus pauvres, la prostitution, le vagabondage, l’insalubrité, et où les différences raciales restent des frontières sociales très nettes, qui se traduisent par exemple dans le statut d’occupation (locataire de cortiços, de porões versus propriétaire d’un lot avec maison familiale).
De nouvelles vagues de peuplement au cours des années 1930 densifient cette cohabitation. Du fait des réaménagements urbains dans le centre-ville, de nombreuses familles afro-descendantes viennent s’installer, certes dans des conditions toujours largement désavantageuses, mais cette fois plus volontiers comme propriétaires, et dans un projet familial et économique similaire à celui des groupes issus de la migration européenne. Elles occupent de nouvelles marges, à la limite du front d’urbanisation, mais y construisent des territoires et des espaces d’autonomie. C’est d’ailleurs parmi ces derniers arrivés, en bas de l’échelle urbaine comme sociale, que de nouvelles cultures populaires vont s’imposer à l’ensemble de la population urbaine.
Au cours de ce processus, le tissu urbain en formation traduit les effets des préjugés sur ces configurations locales. À Casa Verde, la hiérarchie socio-spatiale est assez nette, elle dispose les plus riches autour du centre du lotissement, là où se trouvent les services et les infrastructures, tandis que les plus pauvres, derniers arrivés ou chassés par les premiers sont en lisière, en hauteur, dans les marais, avec moins d’accès à la ville et à ses ressources. On retrouve les habitants « noirs » dans ces espaces stigmatisés.
À Madureira, les mécanismes de l’urbanisation rendent cette répartition plus subtile. C’est à l’intérieur des îlots, des parcelles, que la distribution socio-spatiale se révèle. Les fundos, les intérieurs d’îlots, sont loués ou vendus aux plus pauvres. D’une rue à l’autre, parfois dans une même rue, les plus riches familles côtoient les plus misérables, sans pour autant que cette cohabitation ne constitue une remise en cause de l’ordre social.
Dans les deux cas, la condition des suburbanos, d’une couleur ou d’une autre, étrangers comme brésiliens, ouvriers comme employés qualifiés, tend à s’unifier dans un statut commun de résidents propriétaires, luttant pour obtenir les services et les ressources inhérents à leur condition urbaine. Au cours de cette consolidation, les mariages enregistrés dans les paroisses montrent que les relations de voisinage sont devenues un facteur aussi important que l’origine (lieu de de naissance, trajectoire migratoire), suscitant désormais autant d’unions, sans pour autant que l’on puisse déduire de ces données des dynamiques raciales.
Nous pouvons mieux nous représenter, à l’issue de ces premiers chapitres, les conditions, les trajectoires et les attentes des quatre grands-parents de Suelly et Ednia qui sont venus s’installer sur un lot en arrière de la route de Portela vers 1930. Sans en connaître les détails, on peut imaginer que les grands-parents d’Ednia, venus de l’État de Rio, de Bahia ou du Minas Gerais, ont quitté le monde rural – plus ou moins éloigné, dans le temps et dans l’espace, de la plantation esclavagiste – en espérant une vie meilleure pour leurs futurs enfants. Si leurs expériences sont sans doute différentes et encore différentes de celles des nombreux Européens présents, elles ont participé de cette société jeune, migrante, c’est-à-dire marquée par la prépondérance de jeunes actifs prêts à d’importants sacrifices pour s’engager dans un cycle familial. Dynamique par sa structure d’âge et par ses expectatives, une telle société constitue un moteur de croissance économique et pour ces raisons, est porteuse de changement social.
Ces nouveaux habitants ne sont pas pour autant arrivés en terrain vierge : ils ont dû trouver une place et s’insérer dans un territoire déjà structuré par des hiérarchies, celles issues de la structure foncière et de la culture politique héritées de la période esclavagiste, accompagnées de la promotion d’une bourgeoisie suburbaine. Y compris au sein de cette grande parcelle partagée par une dizaine de familles, les identités de départ ne sont pas neutres, des hiérarchies se reconstituent également entre migrants : selon l’ordre d’arrivée, le statut résidentiel, la profession, la qualification, la nationalité, la région d’origine, la couleur. Comme dans tout front pionnier, la place sociale est fonction du caractère récent de la migration et de la capacité à s’ancrer dans le quartier.
La famille d’Ednia a trouvé un arrangement avec celle de Suelly pour s’accommoder dans cet espace, et la cohabitation, la confrontation à des difficultés communes d’accès aux réseaux d’eau potable, d’assainissement, ou aux transports, a sans doute construit des relations de voisinage denses. Les rencontres, les opportunités, les amitiés, ont pu compter tout autant que la forte présence de migrants célibataires pour que des mariages et des unions se constituent dans ces relations de voisinage. Mais il reste difficile à ce stade de comprendre les effets du voisinage et de la cohabitation sur les identités de la génération suivante, celle qui est née à Madureira en 1930, celle des parents d’Ednia et Suelly qui ont grandi ensemble. Comme on l’a vu, les familles d’Ednia et Suelly se sont côtoyées sans s’unir – c’est aussi ce qui ressort de l’analyse des registres de mariage dans la paroisse de São Matheus voisine.
Si des parents ou d’anciens voisins les ont rejoints à la fin des années 1930, ils ont trouvé un espace plus fragmenté, avec des îlots associés aux catégories les plus précaires comme le Parque Perruche à Casa Verde ou la colline de Serrinha à Madureira. On peut ainsi supposer qu’en une dizaine d’années, de nouvelles identités, liées à des socialisations de voisinage, distinguent la génération née dans le subúrbio de celle des pionniers.
La comparaison entre Madureira et Casa Verde permet de mettre en évidence deux processus de production de l’espace qui participent différemment de ces futures identités. À São Paulo, la formation de catégories raciales assimile alors les « noirs » à la majorité des descendants d’affranchis dans les régions de café, c’est-à-dire ceux issus en grande partie de la traite interne, dont la condition d’esclave est la plus récente, avec l’origine africaine la plus variée (Mozambique, Mina, Nagô, Congo et Angola). Cette catégorie permet de distinguer les « blancs », les Européens de première ou deuxième génération, eux aussi de cultures diverses, qui ont quitté la plantation pour tenter d’accéder à une vie meilleure. Cette polarisation se traduit dans l’espace et se superpose à la hiérarchie spatiale dans laquelle les plus pauvres sont relégués au plus loin des centres et des ressources. Si ce principe est aussi celui de la production de l’espace à Madureira, il y est plus contraint ou complexifié par la diversité des trajectoires et des conditions des nouveaux habitants. Entre ces deux pôles similaires – la classe des commerçants et entrepreneurs à majorité européenne, les plus pauvres habitants des collines, afro-descendants en majorité, et parmi eux ceux de l’État de Rio qui ont une proximité plus récente avec l’esclavage – il ne se produit pas à Madureira une hiérarchie raciale de l’espace. Comme dans la plupart des peuplements, ce sont d’abord les plus récemment arrivés qui sont les moins favorisés. L’ordre d’arrivée détermine également les hiérarchies sociales, qui reposent à la fois sur le statut résidentiel (locataire ou propriétaire de sa parcelle), sur la localisation du logement (reliefs contraignants, degré de légalité de l’occupation), au même titre que sur les régions d’origine (Nordeste, État de Rio, São Paulo).
Enfin, ce premier tableau de la société des faubourgs invite à plusieurs remarques sur la façon dont les références forgées dans la société esclavagiste sont utilisées à propos des habitants de Madureira et Casa Verde. On constate ainsi dans la presse, l’usage de catégories de « pretos » et « pardos » dans les rubriques des faits divers. Alors que ces catégories ont été utilisées dans les recensements de 1872 et 1906 à Rio, elles étaient quasiment absentes du questionnaire de 1920. Leur mobilisation par les sociologues dans les années 1930 en particulier à São Paulo et leur réintégration dans le recensement de 1940 montrent qu’elles sont restées pertinentes, au moins à un niveau institutionnel (celui de la police qui alimente la rubrique de faits divers, celui du recensement).
La condition « noire » est aussi au cœur de l’organisation du Front noir brésilien qui se constitue à São Paulo en 1931, à une époque où l’on utilise le terme de « raça » pour désigner les Afro-descendants mais aussi les Paulistes 335. Cela dit, malgré cette racialisation à São Paulo, on ne sait pas dans quelles circonstances les habitants de Casa Verde, membres de la FNB ou non, se désignent ou sont désignés par leurs voisins comme « noirs ». À Rio, où les mêmes catégories sont utilisées dans la presse, le mot « noir » renvoie à des histoires personnelles beaucoup plus diversifiées, qui ne témoignent pas des mêmes proximités avec l’esclavage ou des mêmes positions au sein de la société esclavagiste. La mobilité sociale que chacun peut espérer consiste précisément à changer de place dans ce référentiel post-esclavagiste. C’est ce dernier, et à travers lui les identifications qu’il autorise, que je chercherai maintenant à mettre en lumière dans le contexte du Madureira des années 1930.
Pour citer ce chapitre : Michel Aurélia, « Condition suburbaine et contrastes socio-spatiaux dans les années 1930 », dans Harlem au Brésil. Vivre après l’esclavage dans les faubourgs de Rio de Janeiro et São Paulo, 1920-1940, Université Paris Cité, 2026, p. 109-132.
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