Introduction
L’introduction pose la difficulté centrale de l’enquête : mesurer le poids des héritages esclavagistes au Brésil à travers les non-dits, comme l’illustre le portrait de deux voisines de Madureira, l’une noire, l’autre blanche, dont les grands-parents arrivés vers
1920 occupaient des positions inégales. Resituant son objet dans l’historiographie de la
pós-abolição, champ qui considère la décennie 1930 comme une inflexion décisive des rapports de production et de la place des Noirs, elle expose les processus concomitants qui définissent ce changement social dans le Sudeste : métropolisation accélérée de Rio et São
Paulo, industrialisation et essor syndical, crise des oligarchies du café, arrivée au pouvoir de
Getúlio Vargas et politique « travailliste », valorisation nouvelle du « peuple » métis, émergence des mouvements noirs.
Deux questions souvent confondues sont distinguées : le devenir du groupe social des affranchis et de leurs descendants, et l’évolution de la couleur comme facteur de discrimination, cette seconde question butant sur de lourdes difficultés méthodologiques.
Pour répondre à ce défi, le travail fait le choix d’une démarche empirique et comparée, ancrée dans deux terrains, qui ne présuppose aucune appartenance raciale et privilégie les trajectoires concrètes.



