À paraître
Harlem au Brésil
Vivre après l’esclavage dans les faubourgs de Rio de Janeiro et São Paulo, 1920-1940
Par Aurélia Michel
Qu'est-ce qu'une société qui s'est construite sur l'esclavage colonial et se définit par son abolition ? Cette question, posée à nouveau frais dans nos sociétés post-coloniales européennes, est en général adressée en regardant vers les États-Unis et sa société raciale. Pourtant, l'histoire du Brésil offre un éclairage puissant et peut-être plus proche de ce qu'est devenu l'empire français, dont les Antilles ont été une part constitutive.
Ce livre nous plonge dans la formation d’une société originale, celle des faubourgs de Rio de Janeiro et São Paulo qui se constituent sous l’effet des flux migratoires depuis les
régions de plantation récemment libérées de l’esclavage (1888). Européens, afro-descendants, américains de tout le continent s’installent alors dans ces nouvelles régions industrielles pour « faire la vie » et trouver leur place dans une société marquée par les relations esclavagistes, les récentes migrations européennes et une croissance économique fulgurante.
De cette effervescence qui dure deux décennies naissent les premières « écoles de samba », qui deviendront vite le symbole de cette société brésilienne métissée, et dont la matrice culturelle africaine et la mémoire de l’esclavage en font des cousines de la Harlem Renaissance qui surgit au même moment à New York.
Nous suivons au fil des chapitres cette éclosion dans ses dimensions matérielles, sociales, culturelles et surtout politiques, au moment où le coup d’État de Gétulio Vargas qui met fin à la République en 1930 ouvre un espace démocratique fugace avant la chape de plomb de la dictature de l’Estado Novo en 1937.
C’est durant ces années que nous découvrons les habitants de la banlieue de Madureira dans leurs aventures quotidiennes : directeurs de théâtre, pasteurs, prêtres de candomblé, guérisseuses, sage-femmes, syndicalistes, féministes, poétesses, cheffes de parti, musiciens, leaders politiques se mobilisent pour une société meilleure. Ils et elles font face, pour ce faire, à la puissance pesante des relations post-esclavagistes dont la domination raciale est la manifestation sourde et crue.
À partir de cette étude minutieuse et vivante, au raz des trottoirs et au plus près de personnages anonymes mais hauts en couleur, nous pouvons suivre les tribulations d’une société qui fait écho à celle des États-Unis : là où peuples africains, américains et européens brassés par la colonisation se réagrègent dans une urbanité étourdissante, avec ses injustices et ses miracles. Une société en miroir de la nôtre, dont la modernité, comme la nôtre, doit composer avec les effets durables de l’esclavage et de la colonisation.
Parution prévue : 2026


