C’est donc à partir de deux périphéries de deuxième génération, formées entre les années 1920 et 1940 autour de Rio et São Paulo, que je souhaite dans ce livre observer le changement social des années 1930 au Brésil, en particulier l’évolution des rapports sociaux post-esclavagistes. Pour comprendre les dynamiques sociales qui se développent à partir de ces subúrbios, je propose dans cette première partie de comprendre les composantes démographiques et les logiques spatiales du peuplement de ces deux espaces.
Dans un premier temps, il faut prendre en compte le contexte général de ce peuplement, d’une part au sein des grandes dynamiques migratoires qui alimentent la croissance de ces deux villes au début des années 1920, d’autre part en revenant sur les grandes étapes de la division socio-spatiale de ces deux métropoles et ainsi qualifier les espaces récemment peuplés selon leur statut social et leur intégration territoriale (chapitre 1).
Je caractériserai ensuite Madureira à Rio et Casa Verde à São Paulo, villes soumises aux grandes dynamiques métropolitaines, notamment les hiérarchies sociales, foncières et économiques qui structurent ces deux territoires avant leur urbanisation accélérée au tournant de 1920 (chapitre 2). Casa Verde comme São Paulo sont ensuite largement transformées par l’arrivée massive de nouveaux habitants à partir de 1920. En m’appuyant sur l’évolution du bâti, les mentions de ces nouveaux habitants dans la presse locale et sur quelques registres paroissiaux, j’observerai ensuite la production de l’espace qui découle de ce peuplement. Tout en suggérant la formation d’une condition suburbaine similaire dans les deux villes, nous verrons que rapidement des distinctions socio-spatiales se reproduisent dans les nouveaux quartiers, dessinant des groupes sociaux différenciés selon leur position dans l’espace suburbain (chapitre 3).
Au cours des années 1930, cette condition commune du suburbano apparait plus nettement encore dans la presse, tandis que l’arrivée de nouvelles vagues de populations accentue au contraire la fragmentation socio-spatiale, évoquant des formes de ségrégation urbaine (chapitre 4). C’est à partir de ces distinctions que je pourrai suggérer une sociologie comparée de ces deux subúrbios, non pas à partir des catégories raciales ou nationales du recensement brésilien, mais en reconstituant des groupes sociaux selon leur condition migratoire, leur rapport à l’esclavage et leur position dans l’espace suburbain (condition matérielle spatiale).
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© Aurélia Michel, 2026