Chapitre 3. Les subúrbios de la modernité, années 1920

Tandis qu’en 1922 des embellissements urbains sont achevés à Rio à l’occasion du centenaire de l’Indépendance et que les élites et avant-gardes paulistes mettent en scène la « semaine de la modernité » à São Paulo, les subúrbios apparaissent eux aussi comme des zones de conquête de la civilisation. Leur aménagement s’inscrit dans des dynamiques de neutralisation des épidémies, de maîtrise du peuplement et de conquête des marges – territoriales ou sociales. Les politiques sociales qui sont mises en œuvre dans ce contexte sont orientées par les perspectives de l’hygiénisme, dont l’objet est l’amélioration de la population – la race – nationale, enjeu qui concerne autant les zones rurales reculées que les quartiers insalubres des grandes villes 194. Le terme d’urbanisme, on l’a vu, apparait simultanément dans le vocabulaire des édiles de Rio et de São Paulo au début des années 1920. Il s’agit alors de penser l’intervention de la municipalité, ou plus généralement du pouvoir dans la production urbaine, et de mettre en œuvre des politiques publiques touchant à la fois à la croissance industrielle, au contrôle social de la main-d’œuvre et au destin politique du pays.

Ce discours de conquête de la modernité est repris dans la presse à propos des nouveaux quartiers de Madureira ou de Casa Verde, et sert principalement les promoteurs qui entendent valoriser leurs investissements sur des terrains encore marginaux. Les articles de presse permettent, à partir des causes défendues ou des situations dénoncées par les classes supérieures des suburbanos, de retracer l’évolution de l’urbanisation des deux faubourgs.

La confrontation entre ces discours de la cause suburbaine et l’évolution du peuplement et du bâti telle qu’on peut la percevoir à partir des plans disponibles et des rubriques de faits divers qui ne cessent de s’étoffer à cette période, montre que si les subúrbios font bien l’objet d’une conquête civilisationnelle, ils n’en reproduisent pas moins les caractéristiques socio-spatiales tant décriées par les hygiénistes : on y observe rapidement des contrastes. Des zones de marge, les abords des gares où les logements de type cortiços surgissent, témoignent de la reproduction des distinctions sociales du centre-ville dans les faubourgs. Malgré la rareté des données systématiques sur le peuplement des deux quartiers 195, on peut voir apparaitre, au regard de la morphologie et de la formation du tissu urbain, des groupes sociaux qui peuvent être qualifiés selon leur répartition spatiale.

Différenciation socio-spatiale à Madureira en 1920

À Madureira, la conquête d’une ville moderne, un subúrbio tourné vers l’avenir qui alimente la spéculation immobilière, commence par l’assainissement du terrain. La zone au-delà de la gare, aux limites de l’urbanisation, est encore en 1920 occupée par des pántanos (terrains marécageux) et étangs infestés de moustiques porteurs d’épidémies.

Belisario Pena, inspecteur sanitaire de l’ancienne Direction générale de la santé publique, raconte en 1937 au Rio Ilustrado sa campagne à Madureira. Dans les années 1910, il a d’abord parcouru le pays avec Miguel Pereira, qui voulait lui montrer la réalité du Brésil. Ils rentrent à Rio en 1917 et commencent à publier et à alarmer le corps médical et les pouvoirs publics, notamment Wenceslau Bras et Urbano dos Santos qui sont au gouvernement. Carlos Seidl et Belisario « se sont donné la main et se sont engagés sans tarder à résoudre le problème racial consistant à sauver la nationalité 196 de l’anéantissement par les maladies endémiques de l’ “arrière-pays” » 197.

Un petit groupe de médecins se met en quête de changer les choses, dont Ruben Paranhos qui ouvre le centre de santé rurale (saúde rural) à Madureira. Ils s’élancent dans tous les quartiers non asphaltés et non asséchés pour traquer les épidémies et maladies, avec des équipes formées à une discipline militaire : soldats, état-major, troupe, etc. Belisario l’intègre en 1918 et y côtoie des « héros et maîtres » comme Carlos Chagas, découvreur de la maladie du même nom 198, « parti trop vite ».

Un poste prophylactique rural s’installe au 102 de la rua João Vicente où Belisario Pena mène des campagnes de sensibilisation, et fait creuser des fosses septiques pour les habitants 199 , tandis que les terrains sont drainés et asséchés. La visite du ministre de la Justice Alfredo Pinto, en compagnie de Carlos Chagas, directeur de la santé publique et Belisario Pena, directeur du service de prophylaxie rurale, est relatée dans O Jornal 200. L’assainissement permet de lotir de nouveaux terrains au niveau de la gare de Rio das Pedras (repabtisée Oswaldo Cruz) : Oscar Moraes met ainsi dès 1921 en vente, à crédit, des maisons et terrains qu’il construit entre les stations de Bento Ribeiro et Oswaldo Cruz, « de bonnes maisons avec terrain, eau et fosse, en conformité avec les exigences de la santé publique » 201.

Les quartiers de Madureira en 1920

À partir des quelques maisons et commerces qui entourent la gare de Madureira et longent les routes d’Irajá et Campinho, le peuplement progresse désormais dans plusieurs directions. Le recensement national de 1920 qui consacre un volume à l’évolution urbaine de la capitale permet de prendre la mesure de cette progression et de comprendre la logique des identités de quartiers qui sont issues de leur édification.

En 1920, Madureira n’est pas encore un district municipal mais se trouve dans le district d’Irajá, à la frontière avec celui d’Inhaúma (figure 13).

Figure 13. Madureira dans le district d’Irajá, recensement 1920. Source : Recenseamento do Brazil: realizado em 1 de Setembro de 1920, Rio de Janeiro, Directoria Geral de Estatística, 1927. CC0

Dans le recensement, le quartier est lui-même situé sur la frontière entre trois secteurs censitaires : Irajá-est, Irajá-ouest et Irajá-sud (figure 14).

Autour du centre de Madureira, entre la gare et le largo de Madureira où se trouve le marché municipal, on peut voir se former trois quartiers : tout d’abord Portella-Turiassu, de part et d’autre de la route de Portela (estrada do Portella), est comprise entre les deux lignes de chemin de fer (l’auxiliar de la compagnie Melhoramentos, et l’EFCB) et se prolonge au nord de la ligne Auxiliar dans la zone de Turiaçu (district Irajá Oeste et Este) ; ensuite le quartier de Dona Clara, autour de la gare de Dona Clara, avec la voie de manœuvre permettant aux trains de repartir vers la gare Central qui fonctionnera jusqu’en 1937 (district Irajá Sul) ; et enfin le quartier de Vaz Lobo et Serrinha, avec les rues ouvertes à l’est de la route Marechal Rangel, au pied de la colline de Serrinha (district Irajá Este). On peut inclure un autre petit ensemble, situé autour de la gare Eduardo Araújo et considéré comme appartenant au quartier de Cascadura, du nom de la gare voisine sur l’EFCB. C’est là qu’est situé le lotissement de la Companhia de Cerámica, sur les terres de Maia, entre les deux lignes ferroviaires (voir la figure 10 au chapitre 2).

Les rues bâties sont encore peu nombreuses mais on peut distinguer de nouveaux tracés de rues, ainsi que l’indique le recensement foncier (predial) (il faut donc croiser ces deux données, rues tracées et nombre de bâtiments dans la rue) 202 . Les zones les plus construites se situent autour des deux gares et le long des voies, ainsi que de part et d’autre de l’axe Marechal Rangel – Domingo Lopes.

Figure 14. Les traits bleus (ajoutés par nous) délimitent les secteurs de Madureira rattachés aux trois sous-districts d’Irajá dans le recensement de 1920 : Irajá Este (en haut) ; Irajá Oeste (au centre) ; Irajá Sul (en bas). Source : Directoria Geral de Estatística, Recenseamento do Brazil : realizado em 1 de setembro de 1920 : estatística predial e domiciliária da Cidade do Rio de Janeiro, Rio de Janeiro, Typ. da Estatistica, 1925, vol. II, 3e part., 601 p. CC0

Dans la zone de Portela-Turiaçu

Autour de la gare de Turiaçu (ligne Auxiliar), la rue Flausina compte 47 maisons, et la travessa du même nom 15 maisons. Il y a 10 maisons dans la rue Turiaçu, et 41 dans la travessa do Pinto : cette dernière (aujourd’hui rue Aripunãs) a été récemment ouverte par son propriétaire, João Pinto Pereira. D’après sa petite-fille, c’était un Portugais immigré qui avait acheté beaucoup de terres dans cette zone (sa propriété allait jusqu’à l’actuelle usine Piraquê) et avait monté une briquetterie (olaria) 203.

De l’autre côté de la voie ferrée de la ligne Auxiliar, vers le sud, se trouvent les rues les plus denses : la rue Firmino Fragoso, avec 40 maisons, la rue Júlio Fragoso avec 31 maisons, et la rue Taubaté qui en compte 47. On peut également voir un ensemble d’habitations surgir de terre : il s’étend sur la rue Joaquim Teixeira (23 maisons), les rues Antonio Badajós (30) et Adelaide Badajós (30), la route de Portella (130 maisons dont un sobrado – maison à étage, et 59 dans la travessa du même nom) (voir figure 15).

Figure 15. Le quartier de Portela en 1920. Source : Directoria Geral de Estatística, Recenseamento do Brazil : realizado em 1 de setembro de 1920 : estatística predial e domiciliária da Cidade do Rio de Janeiro, Rio de Janeiro, Typ. da Estatistica, 1925, vol. II, 3e part., 601 p. CC0

Une de ces maisons de la rue Badajós est celle de Dona Esther, la fondatrice du bloco de carnaval Quem fala de nós come mosca (Qui parle de nous gobe une mouche). Dans cet ensemble s’est construite la « barra preta » (barre noire), une enfilade de maisons de location très bon marché, de type cortiço, où arrivent en 1920 Paulo de Benjamin et sa mère. Celui-ci sera le fondateur de l’école de samba Portela. La police y intervient fréquemment pour réprimer les séances de candomblé, activité en lien avec des religions populaires d’inspiration africaine et indienne : en 1920, le pae de santo, l’officiant Antônio Anastácio Ribeiro est interpellé dans la travessa Maia de Turiaçu de même que sa voisine, Elvira Eulália dans la travessa Eugenia 204.

Le quartier de Dona Clara

Toujours d’après le recensement, en dehors du centre, les rues qui entourent la station de Dona Clara et en particulier celles comprises entre celle-ci et la gare de Madureira sont les plus construites. La rue Dona Clara compte 205 maisons, l’axe Domingo Lopes qui débouche sur la gare de Madureira 295 dont deux à étage (sobrados), et la rue João Vicente, qui longe la voie ferrée de l’EFCB au sud, 202 dont un sobrado.

En longeant la voie vers la station suivante, Oswaldo Cruz, la rue Philomena Fragoso compte déjà 43 maisons, puis la densité décroit et les rues tracées sur le plan attendent encore leurs habitants (figure 16).

Figure 16. Le quartier de Dona Clara en 1920. Source : Directoria Geral de Estatística, Recenseamento do Brazil : realizado em 1 de setembro de 1920 : estatística predial e domiciliária da Cidade do Rio de Janeiro, Rio de Janeiro, Typ. da Estatistica, 1925, vol. II, 3e part., 601 p. CC0

L’un des deux sobrados de la rue João Vicente est probablement le cinéma Beija-Flor, situé juste en face de la station Madureira (figure 17).

Figure 17. Le Cinéma Beija-Flor en 1924. Source : Acervo Fernando da Fança Leite. CC0

Le cinéma est voisin du Yolanda Football Club, situé dans la rue João Vicente, juste au niveau de la gare de Dona Clara. À côté de ces quelques signes d’une urbanité déjà consolidée, la faible densité d’habitations et les activités agricoles renvoient encore à une image semi-rurale, les parcelles construites laissant la place à de grands jardins cultivés et vergers dont la production est vendue en façade ou au marché. Ainsi, de l’autre côté de la voie, rue Carolina Machado au 142, se trouve la casa de aves, ovos et verduras (vente de volailles, œufs et légumes) de Elias Delbicio, qui s’est plaint à la police du 23e district du vol de 50 de ses poules à l’aube 205.

Les habitations sont sans doute très modestes à cet endroit de la rue João Vicente. Grâce à la presse qui relate les faits divers s’y déroulant, on en a des images fugaces.

Ainsi, O Jornal du 11 janvier 1920 y situe l’un des innombrables crimes domestiques, passionnels ou de voisinage qui secouent les quartiers populaires de Rio et animent les colonnes de la presse locale. Il concerne ici une jeune femme noire :

Ils étaient voisins et vivaient, pour dire les choses de façon triviale, « en râlant » tous les jours. Hier soir, Graciando José dos Santos, armé d’un gourdin, a fait irruption dans la maison de sa voisine Maria Euphrasia, 27 ans, noire, résidant à la rua de João Vicente no109, à Madureira, et l’a sévèrement battue. Une fois satisfait, fatigué et en sueur, il a abandonné sa victime et s’est rendu au poste de police du 23e arrondissement. Euphrasia, qui a subi plusieurs blessures au corps et à la tête, a été secourue par l’Assistance 206.

En face de chez Euphrasia, des ouvriers construisent les murs le long de la voie EFCB depuis plusieurs semaines. Le journal de la Fédération des travailleurs de Rio de Janeiro, publié pendant l’année 1920, avertit que le patron, Romano Ambrosio, est un mauvais payeur 207 .

Le quartier de Dona Clara, entre les gares de Madureira et de Dona Clara, est devenu le point de fixation d’une population errante, et d’activités typiques des quartiers de gare ou d’interconnexion urbaine. Les « vagabonds » y sont pourchassés par le délégué de police du 23e district, le Dr Silva Porto :

Le docteur Silva Porto, délégué du 23e district, accompagné du commissaire Sayão, a arrêté hier soir douze individus oisifs qui erraient dans les stations de Bento Ribeiro, Dona Clara et Madureira. Tous seront traités et envoyés à la Colonie pénitentiaire, où ils apprendront à conjuguer le verbe « travailler » 208 .

C’est aussi à la gare de Madureira que fut arrêté Olympio Vieira dos Santos, habitant dans le quartier du port, voleur, signalé pardo (brun, foncé) et parfois « nacional, de côr branca » (brésilien, de couleur blanche) qui s’est fait remarquer par de multiples vols et altercations dans toute la ville, à l’instar du « voleur notoire Manoel Pereira da Silva, accusé de plusieurs vols dans les subúrbios, alias “Vivinho”, qui ira faire un tour à la Colonie pénitentiaire », également arrêté en janvier 1920 209.

D’après Cândido Mendes Junior, journaliste spécialiste des chroniques policières interrogé quinze ans plus tard par le Rio Ilustrado 210, il y avait beaucoup de prostitution dans la zone de Dona Clara. Au 55 rue Dona Clara existait un établissement célèbre où officiaient Manoela Francisca de Jesús, dite « Chininha », Maria Paulina dos Santos, connue comme Maria Jambe de Bois (« perna de pau »), et Maria Benedita da Silva, dite Maria Sapeca, qui se déplaçait toujours avec un poignard. Santilho de Souza, pardo, travailleur du port, était un visiteur habituel de la maison.

Cette ambiance de malandragem 211 , au milieu des baraques de location bon marché montées le long des voies dans la rue João Vicente, serait un des (nombreux) cadres présumés de l’invention de la samba : c’est du moins ce que rapporte Carlos Cachaça à Nelson Fernandes, et qu’il tient de Mano Elói Anteras Dias, un des piliers des futures écoles de samba de Mangueira et Madureira :

Celui qui a apporté la samba à Mangueira est Elói Antero Dias. (…) Elói était de D. Clara, là-bas à Madureira. Il est apparu ici au Rancho Pérolas do Egito et a chanté une samba que je n’ai jamais oubliée (…) Je me souviens que Mano Elói a chanté pour la première fois à la maison de Tia Fé (…). La samba a commencé dans la maison de Tia Fé, puis elle s’est déplacée à Buraco Quente, où deux ranchos ont été fondés par la suite (…) Il avait des amis à Mangueira, Tia Fé, la bande. Il venait toujours avec ses amis de Dona Clara, Pedro Moleque, Pedro Lambança, et d’autres amis. À l’époque, après Estácio, c’est à Dona Clara que se trouvaient les meilleurs éléments du « partido alto ». Les grands sambistes étaient de là-bas et d’Estácio 212.

Plusieurs sources montrent que des habitants noirs louent les baraques de Dona Clara, et subissent au passage la violence de leur propriétaire : A Rua, en avril 1920, relate les malheurs de Candido dos Santos Nagole au 77 de la rue João Vicente, avec son propriétaire :

Un propriétaire tyrannique – Recouvrement du loyer par les coups. José do Nascimento est un propriétaire sans âme et on ne compte pas le nombre d’agressions qu’il a commises contre ses locataires, certain de l’impunité qui lui est réservée. Un petit retard dans le paiement des loyers de sa maison suffit à Nascimento, toujours prêt, à recourir à la violence pour les obtenir. Nombreuses sont les victimes qui ont porté plainte contre le brutal propriétaire au commissariat du 23e district, où il possède plusieurs immeubles. Ce matin encore, Candido dos Santos Nagole, résident de la maison située au 77 de la rue João Vicente, à Madureira, un immeuble appartenant à Nascimento, a été frappé à coups de bâton pour avoir tardé à payer son loyer. La victime, passablement meurtrie, s’est rendue au poste de police de ce district, où elle a demandé que soit puni l’incorrigible propriétaire, bien connu des autorités policières de Madureira pour ses exploits répétés. Est-il possible que Nascimento y échappe à nouveau 213 ?

La gare Eduardo Araújo

On retrouve pratiquement la même configuration autour de la gare Eduardo Araújo sur la ligne Auxiliar de Melhoramentos (figure 18). Visiblement, le beco (ruelle) João Pereira est un endroit intéressant, où l’on peut louer un logement bon marché dans les « fundos », les bâtiments construits au fond des parcelles, derrière le bâtiment principal en façade 214.

Figure 18. Autour de la station Eduardo Araújo, 1920. Source : Directoria Geral de Estatística, Recenseamento do Brazil : realizado em 1 de setembro de 1920 : estatística predial e domiciliária da Cidade do Rio de Janeiro, Rio de Janeiro, Typ. da Estatistica, 1925, vol. II, 3e part., 601 p. CC0

Selon le Jornal do Brasil, dans cette ruelle, on trouvait dès 1916 le « pseudo-spiritiste » Antônio Andrade dos Santos qui a lui aussi reçu la visite de la police 215. Il est voisin du botequim de l’Espagnole, qui cause divers attroupements et troubles nocturnes. Le journal A Gazeta Suburbana, une publication diffusée dans le quartier de Meyer qui se fait l’écho de la bonne société de la zone nord, signale le 26 juin 1920 :

Avec la police du 23e district. Une fois de plus, nous lançons un appel aux autorités du 23e district, à Madureira, pour qu’elles agissent contre la bande d’individus suspects qui se rassemblent jour et nuit dans le bar d’ « Annita Hespanhola » (…) Le désordre y règne, cependant, la rusée propriétaire de la maison close, lorsqu’elle voit la police, avertit ses clients afin qu’ils s’enfuient par l’arrière, envahissant les fermes et les terres des voisins, pour sortir sur la rue Guanabara, comme nous l’avons vu le 21 de ce mois. Nous demandons aux autorités du 23e district de prendre des mesures contre cette source de désordre 216.

Juste à côté, la rue Iguassú qui longe le nord de la ligne Auxiliar compte 31 maisons en 1920. Là aussi, des séances de candomblé avaient été réprimées par la police en 1917 217 . De même y résident des locataires noirs qui subissent la violence de leur propriétaire :

Un propriétaire comme on en voit rarement – morsures et coups de bâton

Luiza Alves dos Santos, noire, 29 ans, résidant dans la Rua Iguassú près de la Linha Auxiliar à Madureira, s’est plainte à la police du 23e district que son propriétaire Custodio da Silva, comme elle lui devait quelques mois de loyer, l’avait agressée en lui infligeant des morsures et des coups de bâton, la blessant au bras et à la tête. Luiza, a été soignée à l’Assistance du quartier de Meyer, transportée depuis sa résidence, tandis que la police a ouvert une enquête sur les faits 218.

Mais la rue Iguassú accueille aussi les classes supérieures de Madureira. C’est la rue de la demeure du fils de Manoel Machado, et de la famille Araújo qui a cédé ses terrains à la Light pour construire la ligne de chemin de fer et la station qui porte son nom. Elle borde le lotissement dont la construction a été commencée par la Companhia de Cerámicas de Irajá et Jacarepaguá, et qui a depuis été racheté par la Light. Celui-ci est déjà bâti au sud de la voie ferrée, dans la rue du Sanatório, mais il semble encore en suspens dans le recensement de 1920. Les rues Comendador Lisboa et Comendador Infante, comptent seulement, respectivement, 17 et 20 maisons. C’est plus à l’ouest, vers le centre-ville et autour de l’avenue Marechal Rangel, que le bâti est plus dense – la rue Maia compte 34 bâtiments, la rue Oliva Maia 79, la rue Andrade Figueira compte 63 maisons, et de l’autre côté de l’avenue, les villas Borborema et Chuy voient déjà s’aligner leurs petites maisons coquettes.

Le nord de Madureira : Serrinha et Irajá

Un autre foyer de peuplement se situe au pied de la colline vers Irajá, ce sont les rues Itaúba, Dr Joviniano, Maroím et suivantes, au bas de la colline de Serrinha. La rue Alice compte 45 maisons 219 et sa travessa 13, enfin la petite rue Vaz Lobo, ouverte par Manoel Machado sur ses terres, compte déjà 36 maisons.

Les quelques rues qui longent la voie ferrée Auxiliar, au nord de la gare de Turiaçu, prolongent ainsi le quartier de Portela (figure 19).

Figure 19. Le nord de Madureira, Serrinha et Turiaçu. Source : Directoria Geral de Estatística, Recenseamento do Brazil : realizado em 1 de setembro de 1920 : estatística predial e domiciliária da Cidade do Rio de Janeiro, Rio de Janeiro, Typ. da Estatistica, 1925, vol. II, 3e part., 601 p. CC0

Embourgeoisement et paupérisation à Madureira

Pendant que ces nouveaux quartiers se forment, avec principalement un habitat populaire et locatif mais aussi par la promotion de petites maisons familiales, le centre de Madureira est le berceau d’une importante activité commerçante et de services, dont le défilé des blocos de carnaval et les « coretos », chars immobiles construits pour l’occasion, donnent une image spectaculaire et glorieuse, et sont devenus un point d’attraction pour toute la métropole. En 1917, José Costa, qui a installé sa boutique dans le nord de l’estrada Marechal Rangel, se met à fabriquer ces fameux coretos. Il raisonne ainsi :

Le peuple est fou du carnaval. Or pendant les trois jours de fête, la Light et la EFCB se font des millions à transporter les habitants vers le centre-ville. S’il y avait une attraction ici qui retenait une partie des masses, ce serait bien. Les blocos traditionnels ne défilent plus : c’en est fini des Teimosos, des Democráticos, des Tenentes. Le peuple s’est lassé des allégories ambulantes 220.

La revue Rio Ilustrado rapporte en 1937 que Costa s’est donc lancé dans la construction d’un char fixe, de 20 à 30 m de hauteur. Le premier, en 1920, reconstitue un paquebot de croisière. En 1923, l’année suivante une « Tour Eiffel » 221, puis ce sera un « Château São Julião », puis un avion « Caproni » (figure 20). Il est imité en 1924 à Turiaçu, Rocha Miranda, puis Penha, Campo Grande et Bangú…

Figure 20. Le Coreto de José Costa en 1920. Source : Madureira Ontem & Hoje. CC0

José Costa est un des fondateurs de la commission des commerçants du largo de Madureira qui patronne le char et le défilé. C’est l’alliance entre les commerçants, les chefs politiques de la zone et les jeunes engagés dans les pratiques festives qui constitue le socle du carnaval de Madureira. Si le défilé des Democráticos n’est plus, le club des Democráticos de Madureira continue d’engendrer de nouveaux blocos de défilés, comme le grand festival organisé par le groupe carnavalesque Veja o Peso (« voyez le poids ») affilié aux Democráticos de Madureira (Grande festival organizado por este bloco « Veja o peso », que é filiado aos Democráticos de Madureira), ou ici le groupe Fica Firme (« reste fort ») :

C’est au sein des Democráticos de Madureira, club dansant à caractère familial, qu’a été créé le « Bloco Fica Firme », composé de quelques jeunes hommes, membres du même club, qui entendent mener à bien le baptême du bloco le 21 du mois courant, à l’occasion d’un bal costumé majestueux et fastueux. Ont été conviés en qualité de parrain du bloco le colonel Zaccarias dos Santos, figure éminente du club vétéran ; comme orateur officiel, le docteur Guilherme Santos, avocat et protecteur du même bloco ; ainsi que le capitaine Antonio Rodrigues, chef politique de la zone. Une fanfare militaire se produira, afin que la solennité puisse se parer d’éclat et constituer un événement marquant 222

Quelques jours plus tard, toujours dans le centre de Madureira :

À Madureira.

A lieu aujourd’hui une grande bataille de confettis dans la rue Carolina Machado, en face de la gare de Madureira, promue par les commerçants locaux et plusieurs jeunes hommes, en l’honneur de l’intendant municipal Dr Alberto Beaumont de Abreu. L’honoré et sa famille assisteront à l’évènement et décerneront trois prix aux groupes « Você me acaba », « Tetéas » et « Felismina minha nêga ». Dans le kiosque à musique érigé, jouera l’excellent orchestre, dirigé par le chef d’orchestre Coelho Grey. La rue sera illuminée et ornée de fleurs naturelles. Aux autres blocos qui assistent à l’évènement seront offerts par Mme et Mlle Alberto Beaumont de belles palmes et autres prix divers 223.

En plus des coretos fixes, d’autres clubs défilent pour le carnaval en 1920, parcourant les rares rues pavées du centre de Madureira, avant de descendre vers Meyer où ils rejoignent d’autres cortèges de suburbanos. Ici c’est le club de football Fidalgos de Madureira qui défile des rues du centre de Madureira jusqu’à Meyer :

Fidalgos de Madureira

Ce club, déjà si victorieux dans les combats de Momo, fera un carnaval externe. Il a été organisé un beau cortège composé de chars allégoriques et critiques, qui parcourra le lundi gras l’itinéraire suivant 224

La presse qui glorifie ces festivités défend aussi le projet d’un subúrbio digne et progressiste, hygiéniste, qui doit se libérer des différents vices qui affectent la « race ». Ainsi, O Jornal loue l’action du district de police de Madureira contre l’alcool : « Les autorités du 23e district ont arrêté et inculpé, pour la vente de boissons alcoolisées après 19h, l’individu Delphim Moura, établi dans un botequim de la rue Portella 273, à Madureira » 225, ou encore l’arrestation de « Aniceto Gomes, qui répand le jogo do bicho » 226. Le délégué de police chargé du 23e district, Abelardo Luz, qui « limpou da malandragem » (nettoya de la délinquance) la ville de Madureira sera d’ailleurs considéré comme un héros par le Rio Ilustrado. Ce nettoyage inclut, comme on l’a vu, la répression des candomblés, considérés comme un des charlatanismes qui abusent de la crédulité populaire 227. Tout au long de l’année 1920, la Gazeta Suburbana, hebdomadaire consacré aux « intérêts de la zone suburbaine », fondé à Meier en 1910, diffuse ce message dans ses colonnes :

Le futur du Brésil dépend de l’extinction de l’analphabétisme, de l’alcoolisme, du jeu, du favoritisme, du bacharelismo 228 , de la mendicité, du paludisme, du proxénétisme et de la contrebande 229.

La ligne éditoriale de cette revue, qui parait jusqu’en 1921, reprend les grands thèmes de l’hygiénisme qui oriente alors les politiques nationales, mais aussi, pêle-mêle, les principales critiques adressées au régime et les revendications que l’on retrouve quelques mois plus tard dans les mouvements des tenentes. Pour ces commerçants et notables des faubourgs, les politiques qui visent le progrès de la nation doivent s’appliquer dans les subúrbios, en particulier par l’éducation et l’hygiénisme. À propos du quartier de Dona Clara, le même magazine mène une campagne morale contre le commerce clandestin :

Commerce de voleurs.

Dans notre dernière édition, nous disions que le commerce de Dona Clara n’est fait que de voleurs. Il y a eu une exagération. Dans toute chose il y a une exception. Et, heureusement, un tiers de ce commerce est une exception. La police, si elle le voulait, aurait déjà mis en prison les voleurs qui ont installé leur stand à cet endroit. Et avec cela, elle aurait rendu un grand service à ceux qui vivent honnêtement 230.

Toujours à Dona Clara, le journal vise spécialement les fabricants de cigares qui échappent à l’impôt sur le tabac et privent ainsi la communauté de ses ressources :

Les fabricants clandestins de cigares installés à Dona Clara, district municipal de Jacarepaguá (sic), n’ont jusqu’à présent, à notre connaissance, pas été interpellés par les inspecteurs des impôts sur le tabac. Et avec cela, le Trésor public perd quelques centaines de milliers de réis. Pourquoi 231  ?

Puis ce sont les vendeurs ambulants de la gare de Cascadura qui sont ciblés quelques mois plus tard :

Les dimanches après-midi et les jours fériés, quiconque se rend sur les quais de la EFCB à Cascadura sera dégoûté de voir que dans ce pays, les abus ont force de loi. Sur le quai des trains qui vont à Dona Clara, on voit l’après-midi un véritable marché de choses diverses livrées aux caprices de gens de la pire espèce dont le discours ferait rougir un mort. L’agent susmentionné conviendra que cela ne fait pas honneur à son administration et ne peut continuer 232 .

Le beco João Pereira déjà évoqué suscite particulièrement l’inquiétude de la Gazeta Suburbana :

Beco João Pereira – Manque de surveillance policière.

La ruelle de João Pereira est située entre les stations Madureira et Cascadura, et se termine devant l’arrêt Eduardo Araújo, sur la ligne auxiliaire. Le maintien de l’ordre dans cette ruelle incombe à la police du 23e district, qui n’y passe jamais, de sorte que les bars existants sont un lieu de rencontre pour de nombreux individus de profession douteuse qui s’y promènent, souvent avec beaucoup de désordre. Nous osons demander aux autorités du 23e de visiter ces zones, pour le bien de la paix et de la tranquillité des habitants 233.

Luiz Manoel Machado, réélu Intendant municipal pour la période 1920-1022, meurt en 1924. Il laisse le fief politique (chefia política) de Madureira à Edgard Fontes Romero, neveu de Silvio Romero – grande figure politique et littéraire de la première République – et de Joviniano Romero, installé à Madureira et qui fut Intendant municipal au tout début de la République. Edgar a rejoint Madureira en 1889 à l’âge de 6 ans et marché dans les pas de son oncle. C’est à lui que revient, à partir de 1925, la mission de porter les intérêts des citoyens de Madureira, Irajá et Vaz Lobo au conseil municipal. Il est élu Intendant en 1928.

Ces intérêts évoluent au gré de la recomposition de la population. Si les terrains assainis font l’objet de promotion immobilière dans les alentours de la gare d’Oswaldo Cruz, les quartiers les plus proches des gares se densifient avec la construction d’habitat ouvrier, comme la « barra preta » de Paulo de Portela à Oswaldo Cruz. Des logements bon marché alignés sur de longues parcelles le long des voies apparaissent sur les cartes de Madureira, qui rappellent la forme des cortiços du centre (figure 21).

Figure 21. Cortiços autour de Dona Clara en 1928 (entourés par nous). Source carte : Districto Federal – Folha 20, Prefeitura, 1930/Arquivo Geral da Cidade do Rio de Janeiro. CC0

A Classe Operária en 1925 évoque le spectacle des populations ouvrières paupérisées :

À Madureira.

C’est très triste de voir les filles de l’usine textile de Madureira 234 le matin. Sous le froid, elles marchent en vêtements légers, sans chaussettes, sans pantoufles ni sabots. Elles qui tissent des millions de mètres de tissu, n’ont rien à porter. Elles rappellent le cordonnier qui porte des savates ou de l’ouvrier du bâtiment qui vit dans la maison d’un autre 235 .

De nouveaux migrants arrivent à cette période de Bahia, rejoignant les collines de Serrinha et Congonha 236 . Situées tout près de la ligne de chemin de fer, des gares de Eduardo Araújo, de Madureira et Magno, difficiles d’accès à cause du relief abrupt, ces collines sont desservies à leur pied par la très prospère estrada Marechal Rangel où logent les bonnes familles. À seulement quelques mètres de celle-ci, les conditions de vie sont nettement contrastées : Custodio Caravana, habitant de la rue Araújo raconte à la revue Rio Ilustrado que dans les années 1920, il voyait descendre des multitudes de malheureux de ces collines au moment du passage de la locomotive, avec des seaux et bouteilles pour y récupérer de l’eau. En s’installant dans le quartier, il assiste à l’arrêt du train à la station. Il décrit :

Arrive un train. La machine, en toussant, s’arrête à la petite station Eduardo de Araújo. Caravana observe la scène et constate que, outre les retardataires qui se jettent en toute hâte dans la voiture brûlante, il y avait aussi tout un tas d’enfants, de jeunes garçons, de filles, de femmes et même de vieillards qui, au lieu d’emporter leur gamelle ou leurs outils, n’avaient que de gros bidons de métal, ceux de 20 kilos. Intrigué par l’agitation, Caravana aiguise son regard. Et il voit que cette foule de boîtes de conserve s’approche de la machine, ou mieux, du conducteur, dans un désir douloureux, la supplique angoissante de chaque jour, à ce même endroit, à l’heure de l’arrivée du train. Ils voulaient de l’eau, les pauvres ! Et à défaut d’en trouver dans les alentours, ils allaient même jusqu’à l’aspirer dans les réservoirs de la locomotive 237.

On voit donc, aux côtés des rutilantes rues commerçantes et de la demeure des notables, se former les mêmes contrastes urbains que l’on retrouve dans le centre-ville : cortiços et favelas.

Mariages à Oswaldo Cruz

Parallèlement, les vastes îlots en arrière du centre sont les lieux de cohabitation d’une population mixte. Bon indicateur du flux de peuplement, le registre de mariages de la paroisse de São Mateus, créée en 1927 près de la gare d’Oswaldo Cruz permet d’avoir une idée de l’origine des habitants et aussi du brassage qui est en train de se produire dans la ville 238. En observant le lieu de baptême des mariés, on constate d’abord qu’aucun n’est originaire du quartier de Madureira, et que la population est majoritairement née hors de la ville. Sur les 129 premiers mariages enregistrés en 1928, seuls 34 hommes sont nés à Rio (centre, zone sud, Tijuca ou Penha, São Cristovão) soit moins de 30 %. Un quart est né dans le Nordeste (en premier lieu Pernambouc : 8, Bahia : 7, Sergipe : 6), 18 % dans l’État de Rio et seulement 16 % viennent d’Europe. La situation est un peu différente pour les femmes, dont 51 (39 %) sont nées dans la ville de Rio (dans le centre ou dans d’autres subúrbios) et 38 (29 %) dans l’État de Rio, la plupart dans les régions du café. Il y a 22 nordestines (pour 31 nordestins, originaires de Bahia, Pernambouc ou Sergipe).

Dans tous les groupes, les unions exogames (entre deux personnes de deux origines différentes) sont toujours majoritaires ou égales (par exemple la moitié des hommes nordestins s’unit à des nordestines). L’endogamie la plus forte est celle du groupe fluminense, c’est-à-dire né dans l’État de Rio – avec 18 mariages dont les époux sont principalement originaires du « vale do café » (vallée du café), Valença, Vassouras et Barra do Piraí, tandis que seulement 7 unions concernent deux personnes du même diocèse.

Pour comprendre les logiques de mixité, il faut considérer à la fois le choix matrimonial des hommes, plus nombreux en migration, et celui des femmes, plus nombreuses autochtones. Les migrants nordestins sont le groupe le plus nombreux et le plus masculin, mais aussi le plus endogame. Les nordestins se marient pour moitié avec des nordestines. Mais une fois cette possibilité « épuisée » en l’absence d’un nombre équivalent de femmes nordestines, l’autre moitié d’hommes nordestins se marie de manière presque égale dans tous les autres groupes (cariocas, fluminenses, européennes, autres provenances nationales). À l’inverse, les nordestines se marient pour les 2/3 (15 sur 22) avec des nordestins. Ainsi, non seulement la migration ne favorise pas l’exogamie, mais encore moins celle des femmes migrantes.

Si on regarde maintenant la situation des Européennes, l’endogamie est encore plus forte : elles se marient avant tout avec des Européens (8/11) et le reste (3) avec des hommes nés à Rio mais qui sont peut-être d’origine européenne.

Du côté des femmes « locales » (cariocas et fluminenses), celles-ci se marient certes d’abord dans leur groupe (22/51 pour les cariocas ; 18/38 pour les fluminenses) mais dans les deux cas c’est moins de la moitié. La majorité des femmes cariocas se marient dans tous les groupes indifféremment. Elles constituent le vivier matrimonial qui répond à la masculinité de la population migrante et enclenche des processus d’ancrage et de mixité entre migrants et autochtones. En revanche, il apparaît nettement que les femmes fluminenses qui ne se marient pas dans leur groupe (soit 20 sur 38) choisissent des hommes cariocas ou des Brésiliens d’autres États, autrement dit, presque jamais des nordestins (1 seul cas) ou européens (2 cas). Autrement dit, les femmes fluminenses, dont une grande partie vient des régions du café et dont on peut supposer qu’elles sont proches des générations d’affranchis, ne sont pas choisies par les migrants de longue distance, ni par les hommes nordestins ou les Européens. Ces derniers, on l’a vu, choisissent en priorité une femme parmi celles appartenant à leur groupe, puis parmi les femmes cariocas.

De même, les 22 hommes fluminenses, qui sont eux aussi potentiellement des descendants d’affranchis, se marient presque tous avec des femmes fluminenses (18), plus nombreuses que les hommes (38 femmes fluminenses pour 22 hommes). Les 4 hommes restants se marient avec des femmes cariocas, autrement dit ils ne choisissent ni des nordestines, ni des européennes. Ces dernières on l’a vu, lorsqu’elle ne se marient pas dans leur groupe, choisissent d’abord des cariocas.

Il n’est pas possible d’établir des corrélations entre ces catégories fondées sur le lieu de naissance, et des catégories sociales, de couleur ou de profession. Si une naissance dans la vallée du café ou dans l’intérieur de Bahia est susceptible de donner une indication, le fait d’être né(e) à Rio, une ancienne et grande ville, ne donne pas beaucoup de précisions et ce quel que soit le quartier d’origine. Mais on peut avec prudence remarquer que les groupes migrants (les non cariocas) évitent de se marier à d’autres migrants, et à plus forte raison à des fluminenses, dont on peut supposer que les ascendants ont connu l’esclavage.

En outre, il faudrait pouvoir compléter ces tendances en prenant en compte la trajectoire migratoire de ces nouveaux couples. Seul est indiqué sur le registre leur lieu de baptême. Or, très peu de migrants viennent directement à Rio – en général les villes régionales intermédiaires sont leur première étape. Et lorsqu’ils y arrivent, ils cherchent d’abord à se loger dans le centre, à Santa Rita ou Santo Antonio. Rue Otaviano, à Turiaçu, les arrière-grands-parents de Pedro Paulo, Italiens de Luca et de Calabre, sont arrivés en 1920. Ils étaient partis en 1915 d’Italie et ont habité différents endroits : Meyer, Riachuelo avec le projet d’installer leur droguerie à Turiaçu 239. Les parents de Wanda sont arrivés en 1926 de Tijuca où son père était boucher, d’origine portugaise. Sa mère quant à elle avait un père autrichien 240.

Certains s’installent directement aux abords du marché de Madureira, où ils écoulent leurs marchandises produites dans l’intérieur de l’État. C’est le cas des parents d’Eugenia 241, installés à Dona Clara. Portugais, de Trás-os-Montes, l’aîné est venu d’abord et s’est retrouvé à Cristiano Otoni, petite localité du Minas Gerais, sur la ligne ferroviaire de Rio, dont la gare fut inaugurée en 1898. Il a là un magasin (armazem). Une famille italienne y est aussi installée, ils ont une laiterie et crèmerie. Arrivées au début du xxe, les deux familles italiennes ont débarqué du même navire à São Paulo, puis ont été envoyées à Barbacena mais se sont installés à Cristiano Otoni. Deux filles (la tante et mère d’Eugenia) sont nées en 1906 et 1912. Petit à petit, le frère aîné portugais se met à vendre les produits de Cristiano Otoni à Rio, au marché de Cascadura. Il y obtient un stand. Il fait ensuite venir son frère de Traz-os-Montes et tous deux s’installent comme commerçants à Madureira. Ils achètent les produits de la ferme tenue par les Italiens puis vont et viennent entre Cristiano Otoni et Madureira. L’ainé épouse une de leurs filles, le cadet « fuit » avec une autre, « moins jolie ». Tandis que les parents sont furieux, ils s’installent tous ensemble dans la rue Intendente Magalhães, au bord de la voie ferrée entre Cascadura et Madureira, et poursuivent leur activité entre les deux régions : un des couples produit sur place, l’autre tient le commerce en ville.

Ainsi, les habitants qui s’installent dans les années 1920 seraient le fruit d’un métissage déjà constitué au cours de leurs trajectoires migratoires, antérieurement à leur arrivée à Oswaldo Cruz. Ces identités – migrants originaires d’une même région, avec le même parcours – pèsent plus fortement sur les logiques matrimoniales que le voisinage, ou même la nationalité d’origine. Les quartiers de Oswaldo Cruz sont donc des lieux de cohabitation entre migrants, venus d’Europe ou du Brésil. Mais cette cohabitation ne suscite pas des unions indifféremment parmi les groupes formés par les origines et les trajectoires. Au contraire, de nouvelles identités se sont constituées dans la migration tout autant que par le lieu d’origine. Enfin, si l’on peut constater une logique classique d’ancrage parmi les individus migrants masculins qui se marient avec des femmes autochtones, les migrants flumininenses forment un groupe à part, et ne participent pas à ces unions mixtes. Ces tendances nous confirment qu’il faut distinguer des groupes sociaux au sein de la catégorie populaire des suburbanos.

Urbanisation de Casa Verde dans les années 1920

La même entreprise de « civilisation » oriente l’urbanisation de Casa Verde. Depuis le dernier tiers du xixe siècle et malgré plusieurs campagnes sanitaires qui ont justifié des travaux de rénovation urbaine, la menace des épidémies pèse toujours. La grippe espagnole de 1918 a marqué les esprits de la ville entière. À Casa Verde, on a cru déceler en 1920 un cas de peste, qui aurait causé le décès d’un enfant rue des Aimorés 242.

La question du maintien de l’ordre (policiamento) est directement liée à la valorisation des terrains et à la spéculation qu’elle rend possible pour les futurs lotissements : à Casa Verde, les Rudge le savent très bien, eux qui tentent aussi de « civiliser » le quilombo de Casa Verde. La création du district de police pour Casa Verde fut en effet une des premières réalisations du lotissement, sans doute avec l’aide de leur cousin Arthur Rudge Ramos, nommé 3e delegado auxiliar de policia en 1921, qui intervient directement dans les opérations de « nettoyage ». Il est en effet directement cité dans O Combate du 14 novembre 1919, à propos de la découverte d’un cadavre près du pont de Casa Verde, et du 4 septembre 1922, « Une noire poignardée par son mari » 243 . En 1922, le poste de police de Casa Verde est refait à neuf et rend même jaloux les subúrbios voisins 244 .  

Tandis que Horácio Rudge intervient dans les relations avec la Light et obtient de la mairie différentes infrastructures, ses sœurs Ana et Paulina se chargent quant à elles de la valorisation sociale du quartier. Elles sont à l’initiative de l’installation de la paroisse São João Evangelista et d’un premier groupe scolaire en 1925 245, suivis par la paroisse Nossa Senhora das Dores en 1927.

Figure 22. L’urbanisation de São Paulo autour du fleuve Tietê en 1928. Source : Mappa Topographico do Municipio de São Paulo, SARA BRASIL S.A, 1930 (APESP). CC0

Casa Verde est encore très peu peuplé (Aureliano Leite estime à 13 000 le nombre d’habitants en 1934). La carte Sara de 1930 permet de constater que la densité d’occupation des sols est encore très faible (figures 22 et 25). Casa Verde devient en 1928 un district de la municipalité de São Paulo (distrito de paz) 246. À la faveur de nouvelles arrivées de l’intérieur et de l’expansion de l’économie urbaine, l’économie décolle, tandis qu’une fièvre immobilière enflamme la ville de São Paulo à partir de 1922. La Revista do Brasil relève ainsi à la fin de l’année 1923 qu’il se construit 364 immeubles par mois, soit un nouveau bâtiment toutes les deux heures 247 .

Entre 1924 et 1928, Casa Verde connait une effervescence immobilière qui s’accompagne de l’émergence de différents secteurs d’activité, celui des Rudge d’abord mais aussi celui d’acteurs intermédiaires qui lancent des opérations plus modestes. Le Correio Paulistano signale les transactions qui ont lieu dans le quartier. Première transaction signalée en 1923, Joaquim Gomes vend une maison dans la rue T. pour 20$000. Les Rudge eux-mêmes participent à la spéculation en achetant des terrains et les revendant après construction. Le 27 juin 1923, le Correio Paulistano annonce l’ouverture de rues à la circulation publique dans la propriété de Horácio Rudge : sont concernées les rues Inhaúma, João Rudge, Jaguareté, Baroré, et Mandey ; ainsi que Praça do Centenário. Quelques mois plus tard, en 1924, Horácio Rudge fait construire sur ses terrains rue Inhaúma, comme l’indique le Correio Paulistano du 4 décembre 1924. Le 15 juin 1924, Oswaldo Rudge acquiert 4 terrains pour 17$500.

Les Rudge ne sont plus les seuls à investir : autour de leur terrain 248, on vend des parcelles rurales pour faire des « excellentes chácaras, avec ruisseau à l’arrière, entre Casa Verde et Freguezia do O » 249 , annonce le Correio Paulistano en 1924. Pour l’année 1924, 42 ventes de terrains sont signalées par le Correio Paulistano. On retrouve beaucoup de noms italiens parmi les acquéreurs. Ces constructions font la fortune d’investisseurs venus du Bom Retiro qui ont su acheter de grandes parcelles et les lotir, ainsi que des entrepreneurs de la construction, souvent italiens, qui ont conduit les opérations immobilières 250.

Les spéculations peuvent aussi être plus modestes, en bas du lotissement Tietê : en 1924, Paschoal Ginicolo demande un permis de construire au 2 rue Casa Verde (Correio Paulistano). En 1925, le même Genicolo (les orthographes figurant dans les annonces varient) achète une maison dans la rue Z s/n pour 2$500. Les potentialités du quartier servent d’argument aux annonces : dans le Correio Paulistano en 1925, on revend des lots « situés à 20 minutes du terminus du bonde » ou encore, toujours dans la rua Z, rue parallèle à la rue Casa Verde et la plus près du fleuve (figure 23). « Belle affaire pour l’avenir : terrain à Casa Verde, rue Z » de 110 m de façade sur la rue Casa Verde et 16 m sur la travessa Casa Verde 251 . Les arguments de vente montrent que le destin du quartier est encore incertain : « terrain élevé, plat et avec vue, bonne eau, tout boisé d’arbres fruitiers, convient pour petit immeuble ou grande industrie, contenant une maison ouvrière » 252.

Figure 23. Le lotissement Tietê au début des années 1920 (indication de la rua Z ajoutée par l’auteure, en rouge). Source : Planta da Cidade de S. Paulo, mostrando todos os arrabaldes e terrenos arruados, Arquivo do Estado de São Paulo, non daté. CC0

En bas du lotissement Tietê, la rue Z (actuelle rue de Zanzibar) devient connue pour abriter des cortiços 253 . Entre 1924 et 1928, le même Pascual Genicholo qui avait acquis plusieurs terrains dans la rue est vendeur de « vilas » et « casas operarias » dans la rue Z :

Belles opportunités. Cinq maisons pour ouvriers, dans le quartier de Casa Verde, à 8$000 chacune, avec facilités de paiement. D’autres maisons et terrains dans le même quartier sont également à vendre. Transaction avec Paschoal Genicollo, 30 rue Z 254 .

Tandis que plusieurs faits divers témoignent de la présence de familles italiennes dans cette rue, mais aussi d’habitants noirs 255, il est possible qu’on ait ici le même phénomène que celui qui caractérise Bexiga – quartier de la première périphérie de São Paulo où des propriétaires immigrés louent leur entresol, porão, à des familles noires 256 .

Le besoin de trouver refuge sur les reliefs explique l’extension de Casa Verde, dès les années 1920, sur la colline au-delà du Mandaqui, qui prend le nom de Casa Verde alta 257 , ainsi que les várzeas et les descentes vers la rivière Mandaqui et le Tietê, zones de forte pente et sujettes aux glissements de terrain. Un lotissement, la Vila Espanhola surgit à la périphérie de la Vila Tietê. Son peuplement est constitué des plus pauvres puisqu’y réside « le noir José Severino, célibataire, 9 ans, ouvrier de l’E. F. Ingleza » 258. S’il semble aussi accueillir des migrants européens 259, il devient connu sous le nom de « Abissínia » (actuelles rues Guarizinho et Galiléia) 260 . Favelas de várzea ou de morro, le principe est le même : les populations s’installent de façon précaire, soumises aux intempéries et aux accidents, le plus près possible des ressources urbaines : eau, train, bassins d’emplois (marché pour Madureira, zones industrielles de Barra Funda ou logements aisés du centre-ville), et ces formes urbaines reproduisent donc, à l’échelle du subúrbio, des formes connues de la métropole (figure 24).

Figure 24. Casa Verde alta et Vila Espanhola en 1926. Source : Planta da Cidade de S. Paulo, Luiz Strina & Cia, 1926, APESP. CC0

Encore une fois, les faits divers permettent d’avoir une image du peuplement de ces nouveaux quartiers.

Cette population de petits employés, ouvriers, domestiques, apparait dans les interminables listes d’accidents relatés par les journaux, où sont également exprimées les plaintes et préoccupations des habitants, qui témoignent d’une fragilité physique et d’une vulnérabilité dues tant à leur habitat qu’à leur condition sociale. Parmi les victimes que la presse mentionne entre 1928 et 1931, on trouve « un ouvrier italien de 13 ans », « un ouvrier autrichien », beaucoup d’ouvriers (operários), de cheminots (ferroviários), « un vendeur ambulant », « ouvrier brésilien », « des chauffeurs mécaniciens », « cuisinières », « charretiers », « employée domestique », « un ouvrier de 14 ans », « ouvrier allemand », plusieurs « chauffeurs », « marin », « militaire », « briquetier », « fonctionnaire municipal », « garde nocturne », deux « employés de commerce », « agent de propreté », « employé de la Light », « manœuvre de la Sorocabana », « ouvrier agricole », etc… 261

Un fait divers relaté par le Diario Nacional du 17 juillet 1928 implique des habitants de la Vila Espanhola, à Casa Verde :

Il tente de tuer son rival.

La noire Benedicta das Dôres, 28 ans, résidant à Villa Hespanhola, dans le quartier de Casa Verde, était jusqu’à récemment mariée à l’ancien caporal de la Force Publique, José Diogenes de Oliveira, 34 ans, un individu avec de mauvais antécédents, renvoyé de ce corps pour indiscipline. José Diogenes avait l’habitude de battre sa maîtresse et la dernière fois qu’il l’a fait, il a été arrêté et emmené au poste de police de Sant’Anna. Se jugeant libre de l’amant néfaste, Benedicta a épousé José Cavalheiro, blanc, 23 ans, avec qui elle vit dans ce quartier depuis hier après-midi 262.

La nuit même, José Diogenes entre chez Benedicta et tue son rival d’un tir de carabine.

Au-delà des zones planifiées et bien desservies par le bonde, les terrains, encore très bon marché, voient peu à peu leur usage évoluer, passant d’une vocation agricole à un lotissement aménagé de manière plus ou moins contrôlée 263 . La Vila Espanhola va ainsi s’étendre vers le nord et au-delà du Mandaquí, tandis que de nombreuses nouvelles rues apparaissent sur les cartes en 1927 et 1930 dans la Casa Verde alta (figure 25) 264 .

Figure 25. Casa Verde dans la carte SARA de 1930. Source : Mappa Topographico do Municipio de São Paulo, SARA BRASIL S.A, 1930 (APESP). CC0

De même qu’à Madureira, on voit ainsi se former rapidement à Casa Verde les contrastes qui existent en centre-ville : porões dans la rue Z, occupation des várzeas inondables par des populations précaires. La proximité de ce qui devient un centre-ville – la place du Centenário – détermine également de nouvelles hiérarchies et des processus de ségrégation socio-spatiales : la ville haute, les zones les plus éloignées, sont les plus pauvres. Paradoxalement, le processus de ségrégation coïncide avec des dynamiques démographiques de brassage plus fortes, le nombre d’unions exogames étant plus important qu’à Madureira.

En une décennie, à la fin des années 1920, les espaces champêtres de Madureira et de Casa Verde ont disparu face à un processus d’occupation rapide qui oblige les anciens habitants à reposer la question de la « civilisation ». Ces marges sont devenues des subúrbios – objet social encore mal identifié – que leurs « chefs politiques » – Edgard Romero à partir de 1924, Horácio Rudge en 1922 – ont la responsabilité d’intégrer à la métropole dans un contexte politique qui évoluera rapidement.

Le peuplement des deux faubourgs dans les années 1920 s’est spontanément organisé selon des hiérarchies sociales et spatiales. De nouvelles classes sociales ont émergé, qui ont profité de la dynamique économique de l’urbanisation (entrepreneurs, constructeurs, commerçants, promoteurs), principalement parmi les migrants européens, porteurs d’un discours de modernisation des subúrbios qui permet avant tout la valorisation des terrains et des investissements consentis. Les « marges à conquérir » ou à valoriser sont situées au-delà des zones construites mais l’urbanisation produit elle-même de nouvelles marges dans les centres : apparition de cortiços, zones ciblées par la répression policière autour des gares à Madureira, zones de résidence des plus pauvres sur les collines et dans les marais. À São Paulo, la distinction entre porões loués par des familles noires et sobrados occupés par leurs propriétaires italiens, connue dans les quartiers du Bom Retiro, semble se reproduire à Casa Verde. À Madureira, cet ordre spatial laisse toutefois de plus grandes latitudes dans les quartiers plus éloignés des centres où se retrouvent la majorité des lotissements. Mais à y regarder de près, la mixité sociale y est limitée.

La comparaison entre les deux quartiers témoigne à nouveau d’une plus grande complexité à la fois des espaces, et des catégories sociales à Rio, du fait d’une urbanité ancienne et plus diversifiée. L’écart entre les quelques migrants européens enrichis et les habitants des porões ou des cortiços demeure ; mais beaucoup d’habitants de Madureira se trouvent en réalité dans des catégories et des espaces intermédiaires. Contrairement à São Paulo ou l’on voit se reproduire les situations de polarisation que les migrants paulistes, noirs et italiens, ont pu connaitre au sein de la plantation, la population de Madureira est difficilement assimilable à des catégories raciales. Les Nordestins ne forment pas le même groupe que les fluminenses, il y a des Afro-descendants de différentes origines parmi les cariocas du centre tout comme parmi les migrants nationaux. Cette diversité ne correspond pas non plus à l’usage social de la couleur qui se manifeste dans la presse, qui marque des hiérarchies. Les rubriques des faits divers répertorient bien des « noirs » (pretos), qui supposent un lien encore récent avec l’esclavage. Le terme « pardo », lorsqu’il est appliqué au même individu, délinquant, qualifié plus loin de « national de couleur blanche », a ainsi davantage une fonction de dévalorisation sociale que de description de la couleur de la peau.

Cette organisation socio-spatiale encore floue se précise avec l’arrivée de nouvelles vagues de populations dès la fin des années 1920, qui vont à la fois consolider la représentation d’une condition suburbaine commune, et accentuer les contrastes entre les groupes sociaux.

Pour citer ce chapitre : Michel Aurélia, « Les subúrbios de la modernité, années 1920 », dans Harlem au Brésil. Vivre après l’esclavage dans les faubourgs de Rio de Janeiro et São Paulo, 1920-1940, Université Paris Cité, 2026, p. 79-108.

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